Et si guérir ne consistait pas à rajouter quelque chose, mais à cesser d'entraver le vivant ?

Nous vivons dans une culture qui croit que guérir et vivre consistent toujours à rajouter quelque chose. Cela peut être un remède de plus, un complément, une molécule isolée, une dose supplémentaire de protéines ou un nouvel intrant dans la terre.
Pourtant, lorsque l'on observe la dynamique du vivant à travers l'agriculture régénératrice, la microbiologie et la tradition des simples, on constate exactement l'inverse car quand on la laisse se réaliser, la vie ne demande jamais qu'on la pousse. Elle demande surtout qu'on cesse de l'entraver...
En phytodynamie, je m'efforce de comprendre et de réaliser que le vivant impose de rompre avec l'inventaire des principes actifs. C'est utile de les connaître mais la plante n'est pas qu'une simple usine à molécules. Elle nous impose de regarder ce qu'elle est réellement, une "énergie" en perpétuelle transformation entre la terre et le ciel. Il y a d'un côté la force centrifuge de la racine, minéralisée, qui descend dans le sol pour y chercher l'ancrage. De l'autre, la force centripète de la fleur, qui s'élève vers l'atmosphère. Entre les deux, le feuillage assure la respiration et le rythme circulatoire.
La santé, c'est la libre respiration de ces correspondances. La maladie, elle, s'installe dès qu'un barrage fige le mouvement.
Dans notre quotidien, nous créons ces barrages à chaque étage. Nous surchargeons le métabolisme digestif sous une alimentation morte, sans goût ni saveur. Et nous maintenons notre pôle neurosensoriel en surchauffe permanente, coupé de son ancrage terrestre par un mental qui veut tout contrôler et tout rationaliser. Lorsque notre système digestif est submergé par les matrices déstructurées de l'alimentation ultratransformée, par les émulsifiants et les édulcorants de synthèse, nous créons un barrage biologique majeur. La barrière intestinale s'altère, la diversité de notre microbiote s'effondre et la synthèse de métabolites précieux s'arrêtent. Le dialogue entre l'intestin et le cerveau devient silencieux, voire même conflictuel. Quand la douleur apparaît, le déséquilibre est souvent présent depuis quelques temps.
Pourtant, le végétal nous montre une voie potentielle pour lever ces blocages ! Et c'est ce qui anime mon cheminement au travers de la phytodynamie, c'est rétablir et comprendre comment (par l'observation sensible du végétal et la connaissance de ses principes actifs) on peut ranimer le feu individuel de chaque individu, ranimer son "talent".
Sur le plan émotionnel, je constate souvent qu'une fatigue chronique ne vient pas d'un manque d'énergie intrinsèque, mais de l'énergie colossale déployée à maintenir un barrage. Je parle de refouler les tensions, ignorer les signaux d'alarme et faire semblant d'avancer à plein régime. Autrement dit, être en permanence en vigilance active... Lorsque les anciens herboristes (par exemple les rhizotomois de l'Antiquité) faisaient appel aux racines, ce n'était pas un hasard car l'ancrage souterrain de la plante vient apaiser l'hyperactivité de la tête, calmer le trop-plein de pensées et remettre l'être à la terre. Cela contribuait aussi à développer le cheminement philosophique propre à cette époque. À l'opposé, l'amertume propre à certaines plantes et légumes réveille le feu du métabolisme et purge les engorgements dans le ventre, permettant à l'énergie vitale de remonter librement vers le pôle rythmique et circulatoire.
Guérir ne consiste pas à ajouter de la force à l'organisme par une volonté extérieure, c'est revenir à qui nous sommes individuellement pour mieux interagir avec le collectif.
La nature n'a pas besoin de force ajoutée. Elle possède en elle-même son propre conatus, son élan fondamental à persévérer et à croître. Dès que l'on libère les filtres, que l'on dissipe les stases et que l'on réaccorde les polarités du haut et du bas, la vie n'a besoin de personne pour reprendre son déploiement. L'équilibre se rétablit de lui-même, car il est la tendance originelle du vivant dès qu'on cesse de lui faire obstacle. Mais parfois un petit coup de pouce fait du bien et c'est ce que je souhaite proposer aux professionnels de la santé naturelle afin d'enrichir leur pratique.
