La médecine face à son labyrinthe : science du vivant ou fiction d'indétermination ?

Lorsqu'associée à la médecine clinique et à la biologie fondamentale, elle s'est donné pour mission d'anticiper le cours de la vie plutôt que de simplement subir la maladie.
Mais cette révolution pasteurienne a introduit une profonde tension épistémologique : « D’un côté, la science en œuvre devient vite une industrie soucieuse de ses gains et de ses pertes, de son rendement et elle participe à la « société industrielle » ; de l’autre, pour s’octroyer ainsi la puissance de jouer avec le temps, l’homme doit se servir de la vie contre elle-même. Sur ce plan, le vaccin qualifie une procédure expérimentale originale et par laquelle on sort définitivement d’une vision mécaniste du corps ; à moins qu’on pousse celle-ci au terme de sa propre logique. »
En basculant dans une logique d'intervention permanente où il s'agit de « briser des résistances », la thérapeutique moderne s'est engagée dans une véritable course sans fin car de la variole au SIDA, les pathologies jouent avec leur « face cachée », glissant perpétuellement d’un mal éradiqué vers une nouvelle menace en éveil.
Dans cette « science à deux voix » où la médecine du soin et la biologie des mécanismes peinent à trouver leur équilibre, la pharmacologie se retrouve hantée, à l'instar de la physique moderne, par une forme d'indétermination. La guérison promise semble constamment repoussée vers l'infini de son incertitude.
Face à ce labyrinthe, comment formuler autrement la rationalité médicale ?
- A. Carrel rappelait déjà l'impasse d'une science fragmentée par ses spécialistes, incapable de penser l'homme dans sa totalité synthétique et oubliant les lois régulatrices de son milieu intérieur.
- A. Salmanoff montrait que l'on ne guérit pas en déclarant une guerre à la maladie, mais en restaurant la dynamique des fluides pour libérer l'organisme de ses stases.
- Marchesseau mettait en garde contre la dérive d'une thérapeutique qui réprime les symptômes et bloque les émonctoires, là où le véritable art hygiéniste consiste à accompagner l'auto-défense du corps et le drainage des surcharges.
Penser le remède, ce n'est pas seulement empiler des molécules pour colmater mécaniquement une brèche ou répondre aux impératifs d'une industrie de rendement. C'est réconcilier l'acte médical avec les lois fondamentales du vivant.
La question posée par l'histoire des sciences reste plus que jamais ouverte : continuerons-nous à poursuivre indéfiniment l'illusion d'une maîtrise mécanique totale, ou saurons-nous réhabiliter la physiologie du terrain ?
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