La sève
- Renan Bernard
- 28 févr.
- 18 min de lecture
De l'eau terrestre au feu solaire
Ce liquide vital parfois associé à la vigueur humaine possède cependant une origine uniquement végétale, même si des relations peuvent exister avec l'humain ou les animaux.
La sève est le sang des végétaux. Elle conduit l'eau, mais aussi les substances nutritives et les déchets que les différentes parties de la plante doivent recevoir et/ou éliminer. Cette circulation se réalise à l'aide de vaisseaux jouant le même rôle que les vaisseaux sanguins. Ces vaisseaux forment des conduits continus d'un diamètre compris entre 20 et 400 micromètres selon les plantes.
Elle est un liquide indispensable à la vie des cellules végétales et est étroitement liée à la présence des canaux assurant son transport. Mais tous les végétaux ne possèdent pas ce système de conduits...
Les premières plantes apparues sur Terre sont des algues, présentes principalement sous deux formes : des végétaux aquatiques unicellulaires ou encore formés d'une fine couche de tissu de cellules (appelée thalle - Appareil végétatif des plantes inférieures sans feuilles, tiges ni racines). L'algue est en contact permanent avec l'eau de mer, constituant son milieu porteur et aussi nourricier. La présence sève et donc de conduits pour la transporter est inutile.
L'évolution majeure consistant en la colonisation du milieu terrestre il y a environ 450 millions d'années, a complètement changé la dynamique. Le végétal s'est retrouvé en dehors de son milieu nourricier et dans un environnement aérien plutôt hostile de prime-abord.
Le végétal s'est retrouvé :
soumis à la contrainte de la pesanteur,
à un approvisionnement limité de sources d'eau et de sels minéraux puisque présentes uniquement dans le sol.
L'apparition des Bryophytes (la famille botanique des mousses) fut un premier pas pour s'adapter à ces nouvelles conditions. Les Bryophytes sont des plantes feuillées non vascularisées et constituent le groupe le plus primitif des plantes terrestres. Les Bryophytes comprennent plusieurs classes, les trois principales étant les mousses, les hépatiques et les anthocéros.
L'appareil végétatif de ces plantes terrestres est équipé d'un axe autour duquel poussent des pseudo-feuilles (appelées phyllidies), des sortes de protubérances formées d'une seule couche de cellules chlorophylliennes. Le point principal à retenir pour ce type de végétal, c'est qu'il n'y a pas de véritables racines permettant d'absorber les éléments nutritifs du sol ni de vaisseaux conducteurs pour alimenter ces pseudo-feuilles. Ces dernières se procurent les nutriments indispensables à leur fonctionnement en absorbant l'eau et les sels minéraux présents dans le milieu environnant par toute leur surface. L'évolution a fait que les mousses sont restées de petites tailles et cantonnées, la plupart du temps, aux milieux humides. Cependant, elles sont aussi colonisés d'autres types de milieux plus secs grâce à une capacité peu commune : la reviviscence. Il s'agit d'un mécanisme utile lors de périodes plus sèches. Ces végétaux peuvent perdre la grande majorité de leur eau pour entrer dans une phase végétative plus ralentie, afin d'attendre la prochaine période d'humidité, se réhydrater et continuer son développement.
La sève va faire son apparition avec les ptéridophytes. Les Ptéridophytes sont des plantes vasculaires ne produisant ni fleur, ni graine et regroupe les fougères, les prêles, les lycopodes et les sélaginelles. Les plantes sont munies de racines , d’une tige et de feuilles. Les spores sont regroupées dans les sporanges présents sur la face inférieure des frondes (fougères) ou organisés en strobile (formation compacte en forme d'épi ou de cône - prêles et sélaginelles). Ce groupe végétal va être capable de synthétiser une molécule aux propriétés exceptionnelles : la lignine. Il s'agit d'une substance polymère complexe, hydrophobe et d'une grande résistance mécanique se trouvant dans la paroi des vaisseaux. C'est le matériau idéal pour construire des vaisseaux conducteurs de sève solide. Dans le même temps, ce type de plantes va pouvoir lutter contre la pesanteur. Elle va se dresser et se différencier en racines, tiges et feuilles pourvues de nervures. Ces dernières sont le signe extérieur de l'existence de ces vaisseaux. Elle va donc être capable de se déployer et d'augmenter ses surfaces de captage de l'énergie solaire et du dioxyde de carbone.
Les éléments nutritifs du sol sont prélevés et concentrés sous forme de sève dont la canalisation et le transport vont permettre aux zones éloignées du sol (les feuilles) d'avoir à disposition des matières premières minérales nécessaires à la photosynthèse.

Les ptéridophytes vont donc avoir l'occasion d'atteindre de grandes dimensions. On peut penser aux fougères arborescentes, par exemple les dicksonias, qui ont couvert d'immenses territoires durant la période du Carbonifère (env. 300 millions d'années), et pouvant culminer à plus de 30m de haut.
Comment ça marche?
Pour beaucoup de personnes, le mot sève désigne essentiellement la sève ascendante (ou sève brute), c'est-à-dire le liquide issu de l'absorption des éléments solubles du sol par les racines. Le sol renferme les plus grandes réserves assimilables par la plante. Sa texture est due à un mélange de particules solides issues des débris de la roche mère, graviers, sable, limon et de colloïdes, des macromolécules très hydrophiles d'origine minérale (argiles) et organique (humus). On trouve aussi dans le sol de l'eau contenant les éléments minéraux en solution mais aussi une phase gazeuse, véritable atmosphère interne en communication avec l'atmosphère extérieure. Enfin, le sol contient de nombreux éléments vivants (racines, champignons, bactéries, animaux divers microscopiques, etc.). On désigne par le terme rhizosphère, la partie du sol modifiée au contact des racines des plantes, renfermant des organismes vivants, notamment les micro-organismes.
Ce système de "pompe" racinaire des matières minérales est d'une grande efficacité par la présence d'une grande surface d'échanges. Cela peut monter jusqu'à plusieurs centaines de mètres carrés pour une seule plante. En général, la taille de l'appareil racinaire est comparable à la taille de l'appareil aérien (voire davantage).
Ce déploiement est rendu possible par deux dispositifs :
la structure de la racine,
son association avec les hyphes de champignons (dispositif présent chez plus de 90% des trachéophytes, les plantes vascularisées)
Le premier dispositif consiste par le développement d'une dense couche de fins filaments très fins situés près de l'extrémité des jeunes racines. Ces poils sont aussi appelés les trichomes. Cette présence permet de multiplier considérablement la surface de contact avec le milieu environnant. Les cellules externes de la racine forment une couche cellulaire continue appelée rhizoderme, très perméable à l'eau.
Le deuxième dispositif est dû à la présence de mycorhizes, le résultat d'une symbiose entre radicelles et champignons (voir mon article La population des sols – symbiose et mutualisme). On note la présence de manchons mycéliens, les ecto-mycorhizes, entourant étroitement les racines ainsi que la présence des endo-mycorhizes pénétrant même l'intérieur des racines. Ce type de symbiose permet d'apporter l'eau et les sels minéraux que les champignons ont captés de leur côté. Les rhizomes fossilisés montrent que cette symbiose était déjà présente il y a 450 millions d'années. Certains auteurs estimant même que la sortie des eaux des végétaux n'aurait pas pu se faire sans cette relation symbiotique.
Une fois absorbés, les substances minérales dissoutes transitent de cellules en cellules, par transports passifs ou actifs, jusqu'aux vaisseaux dédiés au transport de la sève brute. Ces vaisseaux sont situés au centre de la racine.
Un premier "moteur" permet ensuite d'amorcer l'ascension vers les parties supérieures. Il s'agit de la poussée radiculaire, une sortie de pression exercée par le centre de la racine sur la sève brute. La tension de surface de la sève est proche de celle de l'eau et couplée à la tension des fins capillaires, monte spontanément dans les conduits. Cependant, ce moteur n'est pas assez puissant pour assurer tout seul la montée du liquide car cela ne permet qu'une faible montée, à peine 1m. Ce phénomène est limité par la force de gravité. La poussée racinaire résulte de la sécrétion d'ions dans les vaisseaux par les cellules de la stèle racinaire (centre de la racine). Celle-ci génère une force osmotique favorisant l'absorption d'eau à partir du sol et sa poussée vers les parties aériennes. Cette force est à l'origine du phénomène de guttation (goutte d'eau à la pointe des feuilles) en fin de nuit. C'est aussi le même phénomène qui se déroule lors des "pleurs" de la vigne au printemps.

Un second moteur est un moteur chimique. La concentration de la sève varie au cours du cycle annuel. Certains arbres comme les érables ont au printemps, une sève dont la concentration en sucre est bien supérieure à celle du sol entourant les racines. Lorsque deux solutions de concentrations différentes sont séparées par une membrane perméable à l'eau, mais imperméable au soluté (substance, solide, liquide ou gazeuse, dissoute dans une autre substance appelée solvant pour former un mélange homogène, une solution) comme l'est la paroi des racines, l'eau diffuse de la solution la moins concentrée vers la solution la plus concentrée. Cette diffusion induit une pression osmotique, comme ce qui se déroule notamment chez l'humain dans les néphrons rénaux. Par exemple, la pression osmotique des érables à sucre (bien connu au Québec pour obtenir le sirop d'érable) permet à la sève de monter d'environ 21 mètres. C'est encore insuffisant mais la pression osmotique contribue à la montée printanière de la sève, lorsque la sève des racines est concentrée en matières nutritives produites lors de l'été précédent.
Les feuilles suent...
Le troisième moteur est situé plus haut dans la plante. Tandis que les racines poussent d'un côté, les feuilles aspirent de l'autre. En fait, les stomates (minuscules pores situés sur l'épiderme des feuilles et tiges, régulant les échanges gazeux entre la plante et l'atmosphère), en plus de permettre l'entrée du dioxyde de carbone, permettent également de faire sortir l'eau sous forme de vapeur. Le moteur qui fait monter la sève est le soleil. Elle circule des racines les plus fines jusqu'aux capillaires des feuilles. A cet endroit, plus de 90% de l'eau de la sève est évaporée. Ainsi une forêt d'un hectare évapore entre 3000 à 4000 tonnes d'eau par an. Cette évaporation assure la régulation thermique de la plante mais aussi la circulation de la sève.
Grâce à la capillarité, l'eau qui s'évapore des feuilles est remplacée par celle amenée de plus bas. Cette évaporation tire du liquide vers le haut car la colonne, ininterrompue depuis les racines, se déplace en bloc. Si l'on divisait en deux la colonne liquide, cela augmenterait son énergie superficielle. Il faudrait exercer une force de traction supérieure aux forces de cohésion entre les molécules situées de part et d'autre de la surface de séparation.
La sève peut monter très haut parce qu'elle supporte les contraintes de traction imposée par la transpiration foliaire. Dans une certaine mesure, ce liquide se comporte comme un solide dont la résistance à la traction est très élevée. Le soleil tire un fil de sève solide des racines jusqu'aux feuilles. La sève n'est donc pas poussée par le bas, mais bien tirée vers le haut. Cependant, la sève n'est pas un solide et elle peut subit des tensions pouvant créer des bulles, néfastes à son fonctionnement.
Près des racines, la pression de la sève est proche de la pression atmosphérique. A mesure qu'elle s'élève, la tension due à l'évaporation fait que la pression de la sève diminue. Cela tire tellement sur les molécules liquides qu'elles s'éloignent et peuvent devenir gazeuses. Ainsi la baisse de pression peut faire bouillir la sève liquide par un phénomène que l'on appelle la cavitation. La cavitation correspond à la formation de petites bulles de vapeur, sans élévation de température dans l'eau, le plus souvent par une action mécanique. Elle est le plus souvent provoquée par la sécheresse et peut avoir des conséquences négatives conduisant à des chutes anormales de feuilles ou de rameaux, voire à la mort des sujets. Ce phénomène fait apparaître une microbulle pouvant envahir une bonne partie du conduit, stoppant l'ascension de la sève. Les arbres mettent alors en route des moyens variés pour circonscrire cette difficulté. Chez la plupart des espèces, l'embolie reste très localisée et :
les vaisseaux où la sève ne circule plus redeviennent fonctionnels,
soit de nouveaux tubes conducteurs formés au printemps sont utilisés.
Maintenant, les épisodes de sécheresses étant de plus en plus nombreux et longues, certains arbres perdent énormément d'énergie à circonscrire ces phénomènes d'embolie.
Il y a donc un ascenseur à trois moteurs très efficace permettant, par exemple, d'approvisionner les aiguilles d'un séquoia qui sont situées à plus de 100m du sol.
L'autre sève...
La sève brute n'est pas l'unique représentante de la sève végétale. L'usine chlorophylienne utilise, via les feuilles, la sève brute, le dioxyde de carbone et l'énergie solaire pour produire principalement des sucres et des acides aminés. Cette matière organique est nécessaire pour garantir le bon fonctionnement de la plante et elle est apportée à toutes les parties non chlorophylienne du végétal : tige, bourgeons, fleurs, fruits, racines, sous la forme de sève élaborée (ou sève descendante). Il peut arriver que cette sève alimente aussi les fruits, fleurs ou bourgeons selon les besoins et la saison.
A la diffèrence de la sève brute très diluée, la sève élaborée est une solution visqueuse, riche en sucres (18% de saccharose). Elle contient aussi des acides aminés, des minéraux, et un shuia de vitamines, hormones végétales et enzymes. Sa mise en mouvement est engendrée par les différences de concentration entre les zones productrices et utilisatrices des sucres. En fait, la forte teneur en sucres de la sève élaborée crée un appel d'eau dont l'arrivée dans le système conducteur augmente la pression hydrostatique. On parle donc aussi de pression osmotique puisque le liquide va circuler des zones de haute pression vers des zones de basse pression.

Cette circulation sous pression présente un danger en cas de rupture d'un vaisseau. Afin d'éviter une perte trop importante de liquide (comparable à une hémorragie), la plante possède un système de cicatrisation très efficace. Les trous sont obstrués par des protéines spéciales et un bouchon de callose. Ce dernier est un glucide végétal complexe proche de la cellulose.
On peut déjà observer des similarités mais aussi des différences entre le système sanguin humain et la sève végétale :
le système anti-hémorragie est comparable dans son fonctionnement,
le sucre transporté par le sang est le glucose, une molécule plus petite que le saccharose, lui véhiculé par la sève,
la sève est dépourvue de cellules, à la différence du sang formé d'une partie liquide (le plasma) et de cellules (globules rouges),
les globules rouges transportent le dioxygène permettant au sang d'avoir un rôle respiratoire en plus de celui de nourricier,
seule la sève élaborée possède un rôle nourricier dans le végétal.
Les systèmes de canalisation de la sève
La sève brute est transportée par le xylème. Il s'agit d'un tissu complexe transportant la sève contenant de l’eau et beaucoup de sels minéraux, mais peu de solutés organiques, du bas vers le haut de la plante.
La sève brute transite d'une cellule à l'autre en passant à travers les parties non lignifiées des cloisons séparant les cellules. Cette circulation est ralentie par la persistance de la paroi cellulosique entourant chaque cellule végétale. Ces obstacles ont l'avantage d'éviter la propagation des bulles d'air pouvant apparaître au cours du trajet de la sève brute et engendrant d'éventuelles embolies.
Chez les angiospermes, la circulation de la sève brute se fait de façon ininterrompue dans de véritables vaisseaux. Au cours de leurs développement, les files de cellules à l'origine de ces conduits, renforcent progressivement leurs paroi cellulosique par des dépôts internes de lignine. Au départ très espacés, ces espaces finissent par se rejoindre formant un revêtement presque continu ; ponctué de morceaux non lignifiés. Parallèlement, les parois transversales disparaissent ainsi que le contenu cytoplasmique aboutissant ainsi à une file de cellules mortes qui forment un tube creux et rigide.
La circulation du fluide végétal est alors continue des racines jusqu'aux feuilles, avec une vitesse pouvant atteindre 60m/heure. Ces vaisseaux sont secondés par des cellules fibreuses à paroi épaisse et lignifiée jouant le rôle de soutien.
L'énergie nécessaire à l'évaporation de l'eau provient du rayonnement solaire. On calcule ainsi une vitesse de la sève dans les feuilles de l'ordre de 0.4 millimètre par heure, directement proportionnelle au flux solaire. Dans le tronc, la propagation dépend du diamètre des conduits et de la viscosité de la sève, de l'ordre de quelques mètres par heure. Encore plus bas, dans les racines, l'eau doit traverser la paroi des cellules dont l'épaisseur est d'environ 10 nanomètres. Cette diffusion est relativement lente, environ 0.04 millimètre par heure. Or, les quantités d'eau traversant les racines, le tronc et les feuilles sont identiques car le débit est le produit de la vitesse par la surface. Plus la vitesse est faible, plus la surface doit être importante. Ainsi pour conserver le débit, la surface que doit avoir le couvert végétal (les feuilles) doit être environ 2500 fois supérieure à celle du tronc. Les racines, quant à elles, doivent avoir une surface 10 fois plus grande encore.
Quand on regarde un arbre, il faut imaginer que son réseau de racines est bien plus développé que son feuillage visible!

La sève élaborée est transportée par le phloème. Il s'agit d'un tissu jouant le même rôle que le xylème, c'est-à-dire un rôle de conduction et de soutien. La seule grosse différence, c'est les tuyaux du phloème ne sont pas lignifiés. Ils sont constitués d'une suite de cellules vivantes aux parois entières et entièrement composée de cellulose. Les cloisons intercalaires laissent le passage du liquide nourricier d'une cellule à une autre. Cette circulation particulière est à l'origine du terme pour les qualifier de "tubes criblés". Chez les angiospermes, chaque cellule criblée est associée à une cellule compagne contrôlant les échanges de nutriments entre la sève et les cellules du végétal.
Chez les plantes ligneuses (plante dont le principal matériau de structure est le bois qu'elle fabrique), le xylème et le phloème sont renouvelés chaque année grâce au fonctionnement du cambium. Ce dernier est constitué de cellules totipotentes et calé entre entre les deux tissus conducteurs. Son activité durant le printemps et l'été (la bonne saison) permet la croissance en épaisseur du végétal. Les cernes du bois sont en fait le résultat de la superposition des couches concentriques annuelles du xylème. Le bois jeune et tendre qui contient les vaisseaux de sève brute fonctionnels, forme l'aubier. Au coeur de l'arbre se retrouve le vieux bois, les vaisseaux et les cellules mortes que l'on appelle le duramen. Les tubes criblés de la sève élaborée sont rassemblés majoritairement en périphérie sous l'écorce de l'arbre.

Les insectes, "parasites" de la sève
Nous avons vu que la sève est nécessaire pour les cellules et le bon fonctionnement de la plante mais elle peut être détournée de son objectif par divers animaux, voire aussi des plantes, sans oublier l'humain.
Ces animaux sont des arthropodes monophages, au régime alimentaire constitué uniquement de sève. Ils utilisent pour cela leur appareil buccal de type "piqueur-suceur". L'animal peut ainsi percer l'épiderme végétal pour accéder aux tubes du phloème et aspirer le liquide nutritif.
On rencontre ainsi les acariens dont font partie les araignées rouges pouvant engendrer d'importantes nuisances chez les conifères. Attention qu'il y a plusieurs espèces, la confusion est facile et toutes les espèces ne sont pas "nuisibles". Inutile donc de les éradiquer à coup de produits chimiques...

On rencontre également les hémiptères au sein desquels les phytophages sont majoritaires. Les dégâts végétaux qu'ils provoquent sont de gravité variable. Les insectes moins problématiques sont les cigales car les prélèvements effectués au niveau des racines par les larves souterraines sont mineurs. Les adultes prélèvent aussi au niveau des parties aériennes de l'arbre mais là aussi, cela n'affecte pas le développement de l'arbre.
Par contre, d'autres insectes buveurs peuvent se montrer plus impactant. Ce sont les aleurodes, les punaises, les psylles, les cicadelles. Les plus "redoutables" vont être les pucerons et les cochenilles. Les dégâts vont être plus importants avec eux pour plusieurs raisons :
les piqûres sont irritantes et accompagnées de salive nécrosante, Ces agressions physiques et chimiques peuvent provoquer des déformations et des pigmentations,
L'inoculation de cette salive peut s'accompagner de la transmission de micro-organismes phytopathogènes,
le détournement de sève élaborée au profit de ces insectes peut être suffisamment important pour mettre en péril la plante-hôte,
Enfin, l'absorption de cette sève sucrée s'accompagne de l'excrétion par sa partie postérieure d'un abondant miellat aux conséquences multiples.
Ce miellat est produit suite au régime alimentaire de l'insecte. Si la sève élaborée est riche en sucres, elle est par contre, pauvre en acide aminés. L'insecte doit donc en aspirer une grande quantité pour subvenir à ces besoins azotés. Cela entraîne comme conséquence qu'il absorbe trop de liquide sucré et il est obligé de rejeter l'excédent : c'est le miellat expulsé par l'anus que les fourmis viennent chercher avec délectation.
L'autre problème est que cet exsudat recouvre le feuillage et les tiges, bouchant les stomates, ces orifices foliaires permettant les échanges gazeux. Cela constitue un milieu favorable au développement de moisissures comme la fumagine contribuant à réduire l'absorption des rayons lumineux nécessaires à la photosynthèse.
Evidemment, les pucerons peuvent avoir des conséquences fâcheuses pour nos plantes quand ils sont en grandes populations avec peu de prédateurs naturels alentours (comme la bien connue coccinelle), mais ce miellat est une manne nourricière pour beaucoup d'insectes. J'ai déjà évoqué les fourmis, mais il y a aussi beaucoup d'espèces d'abeilles, de guêpes et autres diptères. Par exemple, dans le sud de la France, on peut trouver du miel de metcalfa. Les abeilles récoltent l'exsudat d'un insecte originaire d'Amérique du Nord et ayant colonisé le sud de la France dés la fin des '80, il s'agit de la cicadelle blanche (Metcalfa pruinosa). Les abeilles prélèvent ce miellat et est utilisé par les abeilles en été qui disposent de moins de fleurs à cette période de l'année. Il y a moins de fleurs car en été dans le sud de la France, les plantes gardent leur énergie afin de se protéger de la chaleur pouvant être forte. Ce n'est pas la bonne période pour produire des fleurs.
Les plantes, "parasites" de la sève
Parmi les plantes qui interrogent profondément la notion de sève, la cuscute occupe une

place singulière. Le genre Cuscuta regroupe des plantes parasites, dépourvues de chlorophylle. Incapable de photosynthèse, la cuscute ne peut vivre qu’en puisant directement dans la sève d’une plante hôte.
Plusieurs espèces existent. Dans nos régions, on rencontre fréquemment la cuscute d’Europe (Cuscuta europaea), tandis que plus au sud se développe la cuscute champêtre (Cuscuta campestris), notamment sur la luzerne.En zone côtière ou montagneuse sèche et acide, on peut observer la cuscute du thym (Cuscuta epithymum).
La cuscute se propage par semis. Ses fleurs produisent une quantité considérable de graines minuscules, capables de se mêler facilement aux semences des plantes qu’elle parasite.
Après germination, la jeune pousse doit rapidement trouver un hôte. Comme les autres plantes grimpantes, elle possède des mécanismes lui permettant de repérer un support vivant. Elle s’enroule autour de la tige rencontrée et développe alors des suçoirs (haustoria) qui pénètrent les tissus végétaux.
À partir de ce moment, elle détourne la sève et prélève directement :
les sucres élaborés,
les éléments minéraux,
les molécules nécessaires à sa propre croissance.
Le premier effet est un affaiblissement progressif de la plante hôte. Celle-ci perd une part significative des molécules qu’elle a synthétisées pour assurer sa croissance et sa reproduction.
Le second effet est une concurrence lumineuse. La cuscute peut rapidement recouvrir la surface de son hôte, limitant son accès à la lumière et aggravant son dépérissement.
Parmi les plantes les plus fréquemment touchées :
En tête : la luzerne
Au potager : betteraves, carottes, aubergines, pommes de terre, tomates, choux, ciboulettes, thyms, fraisiers, haricots, navets, radis, poivrons
Dans les massifs floraux : pétunias, dahlias, chrysanthèmes, bruyères, reine-marguerite
Certains arbres et arbustes : bignone, olivier, agrumes
Les adventices, notamment orties et Apiacées
Lorsque des arbres ou arbustes sont atteints, la lutte peut parfois être plus simple par élimination mécanique localisée.
Ensuite, nous avons le gui. Contrairement à la cuscute, totalement dépendante de son hôte, le gui (Viscum album) occupe une position intermédiaire.
Il s’agit d’une plante chlorophyllienne hémiparasite, installée sur de nombreux arbres et arbustes des régions tempérées, avec une répartition souvent irrégulière.
Le gui est capable de photosynthèse.Il produit donc lui-même ses sucres.Mais il prélève dans la sève de son hôte l’eau et les sels minéraux nécessaires à son développement.
Il vit à la frontière : ni totalement autonome, ni totalement dépendant.
Contrairement à la cuscute, totalement dépendante de son hôte, le gui (Viscum album) occupe une position intermédiaire.
Il s’agit d’une plante chlorophyllienne hémiparasite, installée sur de nombreux arbres et arbustes des régions tempérées, avec une répartition souvent irrégulière.
Le gui est capable de photosynthèse. Il produit donc lui-même ses sucres. Mais il prélève dans la sève de son hôte l’eau et les sels minéraux nécessaires à son développement.
Il vit à la frontière : ni totalement autonome, ni totalement dépendant.
La partie aérienne du gui forme des boules caractéristiques, visibles dans les arbres en hiver.
Ses rameaux se divisent selon une fausse dichotomie et portent des feuilles allongées, persistantes environ 18 mois. Cette permanence foliaire témoigne d’un rythme particulier, détaché des cycles saisonniers classiques.
À l’intérieur du bois, des suçoirs endophytiques traversent l’écorce pour s’insérer dans l’aubier.Ils assurent le prélèvement hydrominéral.
Des cordons sous-corticaux permettent ensuite la colonisation progressive de l’hôte.
Le gui ne détruit pas brutalement. Il s’installe, s’ancre et se développe lentement.
Les fleurs, discrètes, sont mâles ou femelles et portées par des pieds différents.
Les fruits blancs, charnus et visqueux, sont consommés par les oiseaux. Les graines adhérentes se fixent sur l’écorce d’un nouvel arbre, où elles développent un appressorium, un organe de fixation initial.
Ainsi, la propagation du gui dépend d’un triple lien :
l’arbre hôte,
l’oiseau disséminateur,
et la qualité d’accueil de l’écorce.
Trois sous-espèces selon l’hôte
On distingue :
Viscum album album : gui des feuillus
Viscum album austriacum : gui du pin
Viscum album abietis : gui du sapin
Chaque sous-espèce manifeste une préférence écologique précise, révélant une affinité particulière avec la physiologie de son hôte.
Et l'homme dans tout ça?
L'homme également a su puiser des ressources de ces liquides végétaux riches en nutriments et micronutriments. En Afrique, aux Îles Canaries et Asie du Sud-Est, la sève élaborée des palmiers à sucre est une importante source de glucides pour les populations autochtones. Le liquide est récupéré grâce à des incisions réalisées à la base des fleurs situées à la cime de l'arbre. La population peut ainsi récolter 20l de sève par jour. Ce liquide est consommé tel quel ou transformé par un processus de déshydratation donnant un sucre brun, riche en fructose, sels minéraux et oligo-éléments. Sa fermentation donnera un vin de palme.
Selon le même principe, on trouve la sève élaborée des agaves au Mexique. Elle était déjà récoltée par les Aztèques à partir d'incisions du bourgeon central. Le liquide obtenu était aussi bu tel quel ou transformer par fermentation pour obtenir une boisson alcoolisée.
Au Canada, nous trouvons le célèbre sirop d'érable. Cependant, dans son cas, c'est la sève brute qui est exploitée. La récolte se fait au printemps, au moment où les érables à sucre réactivent leur métabolisme. Au cours de l'automne précédent, ils ont accumulés dans leur tronc et leurs racines des réserves d'amidon. Le printemps sonne le réveil des arbres et la reprise de la circulation de la sève brute stoppée durant l'hiver. Les feuilles n'étant pas encore présentes, la montée de la sève est uniquement due à la poussée racinaire. En circulant dans l'aubier, la sève se charge en saccharose, qui est issu de la transformation des réserves d'amidon. L'absence de feuillage et donc de photosynthèse n'empêche pas les bourgeons d'entamer leur croissance.
Le même phénomène s'applique à la sève de bouleau mais dont la trop faible richesse en sucre ne permet une transformation en sirop. Elle est donc surtout utilisée pour ses propriétés dépuratives (voir mon article : Le bouleau, arbre de lumière et d'équilibre).
Je termine cet article par une petit leçon de vocabulaire afin de différencier 4 mots pouvant être régulièrement confondu :
La sève : voir cet article.
Les résines : elles sont fabriquées par les canaux résineux de conifères, mais elles sont présentes aussi chez d'autres plantes comme l'encens ou la myrrhe. Elles se solidifient à l'air et contiennent des essences (terpènes) non volatiles. Elles sont solubles dans l'alcool.
Les gommes : elles se distinguent des résines par leur nature glucidique et leurs solubilité dans l'eau. La gomme de guar est obtenue par broyage de l’albumen des graines de Cyamopsis tetragonoloba.
Les latex : ils sont synthétisés par les canaux laticifères de plusieurs familles de végétaux comme les Euphorbiacées (caoutchouc de l'hévéa), les Papavéracées (les pavots), ou les Astéracées (lait des laitues). Elles peuvent aussi prendre une couleur jaune (chélidoine) ou rouge (sanguinaire). Elles sont souvent riches en substances toxiques qui interviennent dans la défense de la plante.
La sève n’est pas seulement un fluide biologique : elle est l’expression d’une organisation vivante, d’un équilibre entre absorption, transformation et distribution.
À travers ses flux ascendants et descendants, elle témoigne de la manière dont la plante relie la terre à la lumière, la matière à la croissance, l’environnement à sa propre structure.
Observer la sève, c’est apprendre à lire la vitalité végétale. Et peut-être aussi, à affiner notre regard sur les dynamiques de circulation et d’équilibre qui traversent tout organisme vivant.







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