Santé, alimentation, humus
- Renan Bernard
- 2 janv.
- 25 min de lecture

Introduction
Cet article a été publié aux alentours de 1952 par l’AFRAN – Association Française pour la Recherche d’une Alimentation Normale. Il s’agit d’un collectif associatif créé en 1951 par des scientifiques dissidents. Des médecins, nutritionnistes, microbiologistes, vétérinaires, inspecteurs de la qualité des aliments, etc. se regroupant autour de la promotion de la qualité biologique des aliments. Cette qualité biologique des aliments est vue comme la résultante des peuplements microbiens, de leur fermentation et de leurs produits organiques ainsi que leur diversité et symbiose qui sont à l’origine de l’équilibre biologique des sols.
Ce document démarre par trois questions essentielles :
· La santé des êtres vivants est-elle en régression ?
· La qualité de notre alimentation est-elle devenue mauvaise ?
· La fertilité du sol s’épuise-t-elle ?
Trois questions posées en 1952, qui demeure tellement d’actualité à l’heure actuelle…
Ce document démarre tout d’abord par une introduction et un constat sur la science de la Biologie. Cette science de la vie et des êtres humains qui exerce sur le public une véritable fascination. Les revues scientifiques et médicales qui se multiplient, les journaux et revues bien-être qui ont tous une rubrique santé, les pharmacies se développant de plus en plus grâce à la publicité. A tous les niveaux de la société, on constate la même envie dérouler le fil des mystères de la vie. Déjà à l’époque, l’humain se sent inquiet et vulnérable, la maladie fournissant facilement le thème de conversations avec ses congénères. C’est ainsi que tout ce qui touche à la médecine fascine, développant une attirance irrésistible. Le public critique ou encense les médecins, souvent de manière immodérée. Par contre, la médecine, au sens large, apparaît déjà comme une science absolue, destinée à devenir infaillible.
Ils font le constat que la médecine qui se propose de saisir dans sa complexité l’être vivant tout entier ne saurait fractionner son étude en dissociant chacune des nombreuses fonctions dont il est le siège, pour les envisager séparément. Autrement dit, à force de fractionner l’organisme, la médecine s’est perdue dans l’étude de l’humain et en possède donc une vue largement parcellaire.
Il mentionne comme exemple l’étude de la cellule constituée d’un nombre conséquents d’éléments différents et figurant parmi les plus complexes. Cette cellule microscopique n’en constitue pas moins un univers en soi dans laquelle se déroule tout un ensemble de processus physico-chimiques, nombreux et variés. Ils précisent également qu’aborder l’étude de la santé est aussi très complexe dans le sens où établir un diagnostic, les lacunes observées dans l’observation des maladies, restent des éléments très compliqués à établir pour un médecin moderne. En fait, la notion de « normal » dans la science biologique est inconnue. Ils constatent aussi que les liens reliant les êtres humains au sol, par l’intermédiaire des plantes et des animaux restent peu étudiés. A notre époque, on s’en rend compte de plus en plus, mais il demeure difficile de changer les pratiques par le fait qu’une minorité d’entreprises ont la mainmise sur la production agro-alimentaire, sans compter les conflits d’intérêts dans le domaine de la santé humaine. Le mode d’action privilégié est l’ancrage local car l’action directe en local est plus facile pour entamer cette révolution alimentaire.
Ils nous apprennent également que la nature garde ses secrets, son mystère que les humains habitués à côtoyer ne s’étonnent même plus de voir ou ressentir. Que la vitesse, qui sous-tend, notre mode de vie actuel n’a pas son équivalent dans la nature où tout est lenteur, contemplation dans les processus naturels mis en œuvre. La matière n’est valable que par le ferment de vie qu’elle possède en elle.
Ils déclarent à la fin de cette introduction que :
C’est avec la sagesse du paysan, indispensable à toute étude biologique, que nous devons aborder l’étude de la santé !
La santé des êtres humains ne saurait être étudiée isolément, car elle est étroitement liée à la santé des végétaux, celles des animaux et à celle du sol. Cette notion est primordiale dans ma vision personnelle de l’alimentation dynamique et qui est commune à la biodynamie. Sans une nouvelle considération sur la santé des sols et une régénération de ces derniers, nous ne pouvons qu’entrapercevoir la santé humaine. L’accompagnement doit être global au niveau de l’être humain, mais le terme « global » doit contenir aussi la santé de la paysannerie et de la nature en globalité. La compartimentation doit cesser.
C’est de l’équilibre entre tous les êtres vivants que naît pour l’humain la véritable santé.
Dans la suite de l’article, ils abordent donc chacun des 3 termes qui sous-tendent cette vision :
SANTE – ALIMENTATION - HUMUS
La santé
Ils débutent ce chapitre par le fait que le mot « santé » vient du latin « sanitas » et est l’état que présente un être vivant dont les fonctions organiques ne sont troublées par aucune maladie. Ils estiment, et je le partage également, que c’est largement incomplet et surtout négatif. Selon la définition, la santé s’opposerait en antagonisme à la maladie, et donc la santé n’existe qu’en l’absence de maladie.
Ils posent donc la question :
A quel moment un phénomène biologique devient anormal et/ou pathologique ?
Par quelles manifestations objectives cette mutation d’état nous est-elle perceptible dès son origine ?
A cela, la médecine contemporaine répond toujours de manière parcellaire car elle s’intéresse toujours et expressément au côté négatif/pathologique du problème qu’il convient de résoudre. Ce faisant, le côté positif de la santé est négligé voire inexistant afin de masquer son ignorance ou son incapacité à donner une explication rationnelle.
Selon leur avis, la santé ne doit pas être uniquement l’absence de maladie. Il est nécessaire que cette définition s’élargisse avec des éléments positifs. On peut penser à la résistance immunitaire d’origine exogène ou endogène, à la résistance à l’effort physique ou intellectuel ainsi qu’aux conditions climatiques. Pour eux, la santé est synonyme de robustesse, de vitalité avec pour corollaire la longévité et à la fin, la mort par vieillissement organique, sans maladies. Une usure progressive et somme toute normale du capital de vie.
Cette santé coïncide aussi avec un autre équilibre qui est celui des formes et des tissus, qui peut s’acquérir ou se perdre selon que l’individu s’adapte positivement ou négativement au milieu dans lequel il se trouve. Parmi les conditions du milieu se trouve la nutrition et c’est pourquoi une alimentation de qualité et rigoureusement adaptée aux besoins subtils de l’organisme associée aux principes d’une hygiène de vie bien comprise, constitue l’élément générant une qualité de vie optimale et en santé.
On apprend également que pour mesurer le capital de vie ou de vitalité, il est évident qu’il est nécessaire d’employer certaines mesures biologiques, mais qu’il importe surtout de connaître les critères objectifs de la vitalité, qui sont les véritables tests de la résistance organique.
La transmission du patrimoine génétique de génération en génération, des caractères biologiques et épigénétiques, sans dégénérescence, sans amoindrissement du capital transmis, voilà ce qui, pour eux, appartient probablement à la santé, mais surtout à l’état biologique qu’ils appellent NORMAL.
Cette notion de ce qui est normal en biologie est capital, mais ils considèrent que ce « Normal » ne s’identifie pas nécessairement aux caractères du plus grand nombre. Les statisticiens, les études randomisées s’attachent à mesurer le plus grand nombre de sujets, du même sexe et du même âge, pour déterminer un caractère biologique. Les chiffres qui en ressortent sont considérés comme ceux qui appartiennent au « Normal ».
Ce postulat est considéré comme fragile, car il suffit d’observer les faits pour s'en rendre compte. Ils prennent comme exemple la taille moyenne des humains dont ils avaient constatés l’accroissement depuis les 50 dernières années. Elle était pourtant restée relativement stable au cours des siècles précédents. Ils considèrent que cette mesure d’un accroissement de la taille humain est un des signes de dégénérescence et ne peut être considéré comme « Normal ».
Le terme « Normal » implique l’utilisation de normes. Nous pouvons observer l’impact que peut avoir l’utilisation de normes lorsqu’elles s’imposent pour l’étude du vivant et j’irai même plus loin, quand elles s’appliquent à la vie humaine de manière coercitive à coup de contrôles abusifs.
Il est nécessaire d’admettre que la nature emploie pour durer et assurer la reproduction des espèces des moyens toujours plus complexes et étonnants, avec une grande capacité d’adaptation. Ces derniers sont soumis à des lois, des principes dont le sens et l’économie nous échappent toujours un peu.
Ils conseillent avec sagesse qu’il paraît plus utile en biologie comme en médecine de chercher à reconnaître ces lois, organisatrices de la vie. Elles sont intangibles et il n’est pas nécessaire de s’acharner à combattre les causes que l’on croit reconnaître à l’origine des anomalies biologiques et que l’on propose de faire disparaître. Cela relève de l’hypothétique.
Se pose ensuite la question : sait-on évaluer le capital santé ?
Ils énoncent que les statistiques prétendant renseigner sur l’état de santé d’une population sont en majorité utile mais la plupart sont incomplètes et fragmentaires. Ils constatent aussi par ce biais que la consommation de remèdes/médicaments s’accentuait déjà à l’époque et autre fait intéressant que l’Etat consacrait déjà des sommes faramineuses aux organismes sanitaires qui se multipliaient. Cela sonnait le début de l’industrialisation clinique.
La statistique n’est pas l’outil idéal afin de dresser un bilan de la résistance organique que possèdent aussi bien les malades que les non malades. L’évaluation d’un capital de santé ne peut résulter d’un examen négatif, même si ce dernier a mis au jour la présence d’un symptôme ou d’une maladie. Il doit résulter d’une étude positive car il s’agit de mesurer la distance qui sépare une personne malade ou non malade de son statut « normal » individuel.
Bien qu’ils affirment également qu’il est illusoire de chercher à connaître le degré de vitalité d’un individu, je pense au contraire que c’est faisable d’en avoir les contours. La naturopathie (et autres thérapies en MTC par exemple) sont là pour le démontrer car elles obtiennent d’excellents résultats par une approche positive de la maladie, qui n’est jamais qu’un enseignement de ce que l’âme vit. En cela, je prends mes distances avec la naturopathie fonctionnelle qui cherche la validation médicale en oubliant les fondements même de la discipline d’origine.
Les conceptions données précédemment sont également valables pour les animaux d’élevages. Le choix des espèces se porte essentiellement sur les bêtes dont on va retirer un certain avantage particulier. En cela, des millénaires de sélection humaine sont visibles et nous le démontrent à travers la multitude de races à travers le monde.
Les éleveurs choisissent une variété de cheptel selon qu’ils souhaitent faire le commerce de viande, de lait, d’œufs ou tout simplement pour la reproduction. Les auteurs du texte l’énoncent catégoriquement : Ici, Santé est synonyme de rendement !
Les vétérinaires et les éleveurs ne comprennent pas encore qu’un animal doué d’une résistance organique parfaite possède chacune des qualités que l’on recherche, mais sans excès ni démesure. L’équilibre normal de la santé des animaux exclut les rendements d’exception !
Concernant le sol, encore actuellement, on évalue son état de santé quand son rendement est en progression quantitative. Pour évaluer le capital santé de l’association Sol-Végétal, on ne regarde en général que le critère quantitatif. Plus grand est le rendement, plus le capital est évalué parfait. La notion de qualité d’une récolte qui, selon eux, est seule capable de conférer aux aliments leurs efficacité nutritive, n’entre pas dans le raisonnement agroindustriel.
Ils concluent par une nouvelle question : Que penser de la santé actuelle ?
Ils émettent le constat qu’en considérant la santé du sol et celle de la production agricole, une déchéance progressive et évidente se manifeste. Déjà dans les ’50, les cultivateurs et les agronomes se montraient très inquiets constatant partout un accroissement des pathologies végétales et une recrudescence du parasitisme. Les auteurs constatent également que si les paysans d’autrefois voient actuellement les anciens terroirs qu’ils ont cultivés, ils en seraient stupéfaits. Ils seraient surpris par l’impact des machines, l’augmentation des rendements (dernier point qui est souvent à remettre en question parce que ce rendement n’est pas aussi effectif qu’on ne le pense), les symptômes de la dégénérescence organique s’inscrivant dans la structure même des sols, des végétaux, des arbres et bien entendu, des hommes. Dès les ’50, ils font donc le constat que les sols sont gravement carencés, en microorganismes et en éléments nutritifs et que les déséquilibres constatés sont dû en grande partie à un usage immodéré de fertilisation chimique…
Ils font le constat également que les animaux d’élevages payent également un lourd tribut de méthodes industrielles. Les anciens connaissaient à peine les avortements épizootiques, les différentes types de fièvre et autres symptômes dangereux. Cependant, un peu partout dans nos élevages actuels, les animaux y sont de plus en plus sujets. Non seulement la méthode d’élevage et la conséquence de ses maladies toujours plus courantes font baisser la vitalité des animaux, mais la qualité des produits alimentaires issus de ce type d’élevage baisse également.
Doit-on croire les statistiques, les rapports issues d’organismes comme l’OMS ou ScienceSano ? (références récentes voulues afin que cela soit bien compris selon nos références actuelles). Ils affirment soit que tout va bien, soit au contraire attisent une peur incontrôlée tout en favorisant des mesures coercitives sur plusieurs niveaux.
Dans ce document, c’était déjà bien mentionné. On affirmait dans ce type de rapports que la longévité s’accentuait, que la mortalité infantile diminuait et les maladie aiguës se faisaient plus rare. La thérapeutique telle qu’elle évoluait se montrait de plus en plus efficace, en parvenant à maîtriser de plus en plus de maladies compliquées à traiter. Néanmoins, ils disent que la longévité dont notre société se glorifie, ne signifie pas pour autant un véritable accroissement du potentiel de résistance organique, de la vitalité.
Dans les faits, c’est toujours très actuel !
Il y a donc 70 ans, on constatait déjà que les personnes préoccupées par leur fatigue, leur faiblesse et leur inadaptation aux conditions de travail se multipliaient. L’humanité s’est trouvée ainsi progressivement et insidieusement atteinte par les effets de pathologies digestives, gastriques ou intestinales, hépato-biliaires, troubles fonctionnels multiples. Déjà à l’époque, il était rare de ne pas trouver quelqu’un ayant une pathologie touchant les fonctions digestives. En parallèle, les maladies chroniques explosaient, sans compter l’apparition toujours plus importante de cancers.
Ils voyaient que les personnes dites « en bonne santé » avaient aussi modifiés leur comportement. Les visages exprimaient la fatigue et l’anxiété, les teints étaient gris. La puissance de travail, le goût de l’effort, la capacité de concentration, l’attention et la mémoire faiblissaient déjà depuis les 50 dernières années (début 1900 donc). Ils ajoutent que le respect de soi et de la dignité de la vie, se sont également émoussés. Tout simplement parce que la santé morale ne pourra jamais être dissociée de la santé totale !
La conclusion de ce chapitre est que la santé des êtres humains, des animaux et des plantes, des sols est devenue médiocre, instable et très vulnérable. La science par le biais de médecins, vétérinaires, paysans et agronomes multiplie ses armes défensives, agressives. La maladie et la thérapeutique sont dans une course de vitesse depuis déjà fort longtemps. Cependant, la maladie devient sans cesse plus mouvante et plus dangereuse ce qui fait que cette même science, à moins de s’ouvrir à d’autres perspectives, s’en trouvera toujours plus dépassée et inefficace dans bien des cas.
L’alimentation
L’alimentation paraît à première vue satisfaisante. L’après-guerre et ses années de famine sont derrière. La diversité, la variété sont présentes et conseillées par des hygiénistes. A cet égard, ils posent la question : faut-il envisager l’avenir avec optimisme ?
Ils en doutent. Car si l’apport nutritif correspondait aux exigences des organismes vivants, nous ne serions pas les témoins d’une dégénérescence biologique dont on remarque les symptômes. Il resterait possible de construire une santé véritable sur des bases solides, ce qui est impossible aujourd’hui car l’alimentation actuelle est devenue qualitativement insuffisante dans bien des cas.
On peut objecter que la connaissance scientifique s’est pourtant considérablement développée dans le domaine de la nutrition. Ils n’en disconviennent mais ils constatent avec regret que le corps médical oublie trop souvent de satisfaire aux exigences naturelles des organismes qu’il contrôle en se bornant à utiliser son arsenal thérapeutique et préventif. Les questions alimentaires et le mode de vie sont négligés. Ces domaines faisant pourtant partie intégrante de la médecine sont abandonnés. Dans la plupart des pays, ces branches sont laissées à d’autres professionnels médicaux ou paramédicaux, certains d’ailleurs n’étant pas médecins. Cette constatation peut expliquer pourquoi les études sur la nutrition ont pris le plus souvent un caractère exagérément théorique et matérialiste. On ne tient plus assez compte des réalités et des nécessités individuelles !
L’action incontestable d’un aliment n’est pas étudiée. Tout juste est-il admis en théorie que le rôle d’une substance nutritive est souvent tributaire de la présence dans les tissus d’éléments dits « indosés » (présent à dose infinitésimale). En réalité, on les considère comme des matériaux inertes, valables pour leur seule masse quantitative. On en arrive donc à considérer les organismes vivants comme des machines industrielles et l’alimentation comme un apport de combustible.
L’apport d’un équilibre alimentaire est une évidence sur laquelle en général, tout le monde est unanime. En dehors des cas où l’urgence médicale préconise une prescription médicamenteuse urgente prenant le pas sur toutes autres possibilités, un traitement médical ou chirurgical aussi radical qu’il apparaisse, doit s’accompagner d’une alimentation correcte, adaptée et diversifiée. La plus efficace des médications ne peut que retarder l’effondrement d’un malade si le terrain sur lequel elle s’applique a perdu l’essentiel de sa vitalité. La médecine du terrain est faite de sagesse, d’alimentation saine et naturelle, d’une hygiène de vie convenable.
Les excitations artificielles de vitalité constituent de dangereux feux de paille s’ils ne s’accompagnent pas d’une alimentation adaptée de manière étroite aux besoins des sujets. Ainsi une thérapeutique ne peut se passer d’une bonne diététique. L’inverse est moins certain car l’acte curateur médicamenteux garde un caractère d’un procédé artificiel. Certains praticiens savent d’ailleurs parfois en éviter l’usage en utilisant la gamme de moyens correctifs qu’offrent l’alimentation diversifiée et les possibilités de pouvoir les accorder aux exigences personnelles.
Les auteurs de ce document, médecins pour la plupart, analysent que la plupart de leurs confrères de l’époque semblent avoir perdu la foi que les anciens possédaient dans les vertus de la diététique. Ils prescrivent les régimes omnibus sans chercher à les individualiser. Les suralimentations massives imposent aux affaiblis et aux malades une accumulation quantitative d’aliments demandant un effort considérable pour les assimiler. Afin de rendre un menu plus dynamique, ils choisissent des substances jugées plus capable qu’une autre de fournir une énergie plus concentrée. Cependant, le choix effectué ainsi ne consiste pas en une recherche de la qualité.
Ils constatent également qu’il est curieux que les praticiens fondent leur pratique sur la valeur nutritive des aliments fournies par les données provenant des analyses chimiques. Ces dernières établissant une moyenne des chiffres que fournissent un échantillonnage de substances alimentaires. Ces chiffres permettent de connaître la nature et le dosage des principaux constituants d’un aliment. En général, le chimiste sait que son analyse demeure incomplète et que l’importance des éléments trouvés varie dans les limites qu’il essaie de déterminer. A priori, il n’en tire pas de règles absolues concernant la diététique.
Concernant les médecins, ils semblent subjugués par ces chiffres. Ils conseillent ou interdisent l’usage d’un aliment et enclins à attribuer un rôle dominant, bon ou mauvais à certains composants ou à un aliment. Les auteurs avancent que cette conception fait négliger la complexité réelle de l’apport nutritif. Elle fait également oublier qu’il existe constamment des différences considérables entre deux échantillons d’une même substance selon sa provenance. Sans oublier les interactions qu’entretiennent les éléments entre eux lors de l’ingestion et des processus d’assimilation.
A retenir, l’utilisation des rations varie en fonction d’une donnée primordiale : la qualité !
L’efficacité d’une ration varie selon la provenance des éléments qui la constituent. Via des tests effectués, notamment avec les animaux, en faisant ingérer des aliments d’une même catégorie, dont l’équivalence théorique est certaine du triple point de vue (chimique, vitamines, sels minéraux), les effets sur les animaux ne sont pas équivalents si l’origine des denrées est différente. La qualité est donc le maître mot. Le facteur qualité modifie de manière constante l’équilibre d’une ration. Savoir équilibrer une ration de manière quantitative est une nécessité, connaître les effets de la qualité de chaque aliment en est une autre.
Pour être valable, l’alimentation doit posséder idéalement la totalité des éléments massiques indispensables. Mais elle ne parviendra pas à une efficacité totale par le seul critère de la quantité. L’apport alimentaire complet via les critères de la qualité et de la quantité sont les seuls capables de conférer la santé tant aux animaux qu’aux humains.
Chez les animaux, les manifestations morbides s’effacent si l’on ramène une ration alimentaire à son équilibre qualitatif. On observe le même principe chez les plantes et en vertu de quoi, ce serait différent pour l’être humain ?
La santé humaine est tributaire de la qualité des aliments et il est donc crucial de prendre en compte le critère de la valeur qualitative pour l’alimentation moderne.
Ce chapitre se poursuit avec cette question : notre alimentation moderne possède-t-elle une qualité suffisante ?
La médiocrité des aliments était déjà présente et constatée dés les ’50. Les manifestations sous la forme d’intolérances alimentaires à l’égard d’un nombre sans cesses plus élevé de denrées alimentaires essentielles foisonnaient déjà : les œufs, les légumes secs, les pommes de terre, le pain, les choux, les épinards, le vin, certaines viandes, certaines graisses.
Serions-nous devenus tous incapables de digérer ces denrées ? telle est la question qui est posée dans cet article.
Si l’on place les intolérances sur le compte d’une incapacité métabolique individuelle, il convient d’admettre d’une déchéance universelle frappant la fonction digestive des humains. Pour ce collectif de médecins, il est plus correct d’expliquer ces inconvénients en incriminant la qualité globale de nos aliments. Certains aliments se montrent donc de plus en plus toxiques. La répétition de ces intoxications parvenant à désorganiser à la longue les processus digestifs et de l’assimilation, expliquant l’universalité des troubles digestifs.
L’alimentation a subi au cours des 50 dernières années (donc depuis 1900 mais ça s’est évidemment accentué après les ’50), des modifications très importantes se montrant désastreuses pour sa valeur qualitative. Le lien se fait avec le sol dont la fonction nourricière est en déficit constant dans tous les pays du monde. Le monde agricole est contraint pour survivre d’obéir aux exigences modernes qui imposent avant tout le rendement et la vitesse de production. La paysannerie est orientée vers la fourniture massive. On exige de la terre de produire plus vie et en plus grande quantité. L’élevage est aussi soumis aux mêmes règles, ils doivent fournir à moindre coût un plus grand nombre de produits alimentaires sous peine de faillites. On a vendu un miroir aux alouettes aux producteurs en faisant miroiter des records fabuleux de ponte ou de lactation.
La distribution des aliments devient très difficile dans la société moderne. L’importance des intermédiaires prenant une toute autre ampleur, qu’il s’agisse d’industriels, de transporteurs ou de commerçants. Cela signifie la mainmise d’entreprises toujours plus grosses ayant besoin de toujours plus d’espace pour stocker ces denrées. La conservation de ces denrées comporte désormais des procédés artificiels : raffinage, épuration et stérilisation.
L’engouement du public pour les produits « raffinés », entretenu par les publicitaires et dépourvu le plus souvent de base scientifique, exige lui aussi des extractions et du raffinage. Ainsi la farine, le pain, les graisses, les huiles, le sel et le sucre, et bien d’autres aliments sont pris entre la production et la consommation dans une série d’opérations qui cherchent à en simplifier la structure.
Cette simplification de structure n’est autre qu’une amputation.
Un organisme vivant doit trouver dans son alimentation des substances autrement complexes et diverses qu’un produit très pur et d’ailleurs très cher qui sort des usines de raffinage. Ils posent la question : n’est-il pas troublant de penser que les substances indispensables à la vie ou à l’équilibre des grandes fonctions, découvertes à une cadence de plus de plus rapide par la chimie organique moderne, sont bien souvent extraites de ces corps présents en quantité infinitésimale?
Les pays occidentaux possèdent en générale une abondance de quantité mais apparaît une véritable famine qualitative dont les effets peuvent se montrer autrement plus dangereux parce qu’ils sont moins détectables. Est-ce à dire qu’il n’existe plus de denrées de bonne qualité ? Certes si (même à l’heure actuelle), mais elles sont devenues exceptionnelles !
L’humain se trouve donc engagé dans une impasse. Notre nourriture a gardé l’apparence de celle de nos aïeuls, le nom a été conservé, elle paraît encore nous rassasier (une illusion), mais sa saveur est moins fine, son odeur moins subtile, sa consistance plus neutre, sa valeur nutritive plus faible. Parallèlement à cette déchéance qualitative, le goût moyen des consommateurs s’est modifié. Les perceptions sensorielles se sont altérées par l’usage d’un ravitaillement défectueux. La cuisine simple et savoureuse qui savait mettre en valeur les associations heureuses, a fait place à des raffinements compliqués et dysharmoniques, dans lesquels les excitants sont mal dosés. L’usage immodéré d’aliments industriels correspond à cette course de vitesse que les humains ont engagés contre le temps qui s’échappe…
La notion de qualité nécessaire à l’efficacité nutritive des aliments n’est pas tout à fait étrangère aux préoccupations du monde scientifique. Mais ce corps scientifique n’a pas encore admis les caractères objectifs.
Le docteur Randoin déclare au sujet des aliments raffinés : « à force de manipuler, de nettoyer, de purifier, de stériliser les aliments que la nature lui offre, l’homme civilisé a fini par leur enlever en totalité ou en partie des substances inconnues, absolument nécessaire à l’existence ».
Les auteurs ajoutent à la suite de cette citation que l’homme civilisé a porté préjudice à la qualité de nos aliments, à la naissance de ceux-ci, c’est-à-dire aux sols.
La prescription de compléments alimentaires dont le public raffole était au départ, destinée à réduire un certain nombre d’insuffisances qualitatives qui s’étaient introduites dans notre alimentation. Ensuite l’industrie du complément alimentaire s’est développée et n’a pas conservé le même objectif.
Les travaux de Gabriel Bertrand (chimiste, 1867-1962) nous apprennent qu’en dehors des carences massives que l’on connaissait, il existe des déficiences et surtout, des indisponibilités en éléments minéraux du sol. Ces dernières sont infiniment plus pernicieuse pour la nutrition et surviennent surtout à la suite d’épandage de produits phytosanitaires sur les cultures. A l’époque des auteurs, les dosages des produits phytosanitaires n’avaient pas encore fait l’objet d’études sérieuses. Cependant l’observation de la végétation permettait de déceler les anomalies du sol. Ce qui revient à montrer que la déchéance qui frappe notre alimentation dans sa qualité trouve son origine dans les méthodes aveugles ayant été imposées par l’industrie et l’état. Evidemment c'est toujours le cas à l'heure actuelle!
Les auteurs concluent ce chapitre par le fait qu’il convient de réunir les critères de qualité concernant le sol, la vie microbienne, les végétaux et les organismes qui en vivent. Un certain nombre de cycles naturels relient le sol à l’eau, au monde microscopique, ainsi qu’aux plantes et aux êtres vivants. Ces cycles peuvent s’effectuer normalement mais ils peuvent être facilement perturbés par certaines pratiques. La qualité et la vitalité semblent dépendre de l’équilibre de ces cycles naturels, de la régularité de l’enchaînement de ces étapes qui sont profondément reliés à la fertilité fondamentale de la Terre.
Ils nous invitent à voir que l’on peut sortir de l’impasse dans laquelle nous sommes que c’est au sol qu’il faut s’adresser. C’est à l’origine des cycles naturels qu’il convient de chercher l’élément discordant.
L’humus
Pour eux, l’humus est la portion productive et noble de la terre, que l’on nommait durant les Temps Anciens : la Terre nourricière. La vie des organismes vivants, simples ou plus différenciés dépend étroitement de la fertilité des sols. Cette fertilité dépend de l’humus.
Les aliments, source essentielle de la vie, ne sont capables de s’adapter aux exigences individuelles de chaque organisme, que dans la mesure où leur qualité (leur structure physique intime), se rapproche au maximum du Normal. Pour les auteurs, c’est-à-dire sans excès, avec régularité, sans défaillance. La moindre imperfection entraîne une inadaptation fonctionne de la nutrition.
Le processus naturel engendrant la parfait assimilation est la santé qui trouve donc son origine intime dans les sols. C’est là que se joue le premier acte de l’élaboration végétale. Lors de la germination se déroule en même temps les processus permettant l’augmentation de la valeur nutritive intrinsèque et par conséquent, la manière dont les aliments seront utilisés par les organismes vivants, dont l’humain.
Les lois naturelles réglant la production de la terre peuvent être contrariées par des techniques inopportunes. L’état, l’agronomie, la biologie animale et les entreprises industrielles ne paraissent pas comprendre que l’objectif à viser est la santé. Il s’agit de fournir aux êtres vivants des aliments capables d’entretenir la vie mais aussi de satisfaire aux nécessités organiques totales.
Les méthodes susceptibles de conserver ou de restituer à la terre son fonctionnement normal, possèdent donc une importance primordiale.
Un petit retour en arrière : les procédés de fertilisation se sont modifiés depuis un siècle
La préoccupation des paysans jusqu’au siècle dernier était la gestion en « bon père de famille » de la fertilité de leurs territoires. Les pratiques auxquelles on se conformait avec ténacité était héritée par les aïeuls et l’on parvenait à gérer favorablement le capital transmis. L’humus était considéré comme l’agent essentiel des bonnes récoltes, on était même convaincu que cette substance servait directement de nourriture aux plantes. Le labeur incessant tournait éternellement autour de la fertilisation organique dont la perfection était la seule garantie valable pour l’avenir.
L’ère scientifique s’est ouverte pour l’agriculture avec l’apport de Boussingault, G. Ville et Liebig. Il devient évident que l’humus, insoluble dans l’eau, n’était pas un aliment assimilé par les racines, il fut jugé inutile. Les fumiers considérés comme malpropre, malodorants devenaient dans ces conditions une charge plus qu’un avantage pour les paysans. Pour obtenir de belles récoltes, il était désormais convenu d’alimenter les plantes tout comme on nourrissait les animaux. Donc la nourriture pour les plantes devait composée scientifiquement et exclusivement de substances chimiques, en quantités suffisantes que l’analyse chimique avait découvertes dans les tissus des plantes. On concluait que le rendement d’une terre serait d’autant plus important que l’on accumulerait dans le sol une plus grande quantité d’aliments chimiques destinés à la végétation.
Ainsi ont été créés les engrais chimiques que l’on a introduit au départ sous l’appellation de « fumures minérales » pour éviter de faire peur au monde paysan. Les résultats des premiers essais furent saisissants. L’accroissement quantitatif du rendement fut si manifeste que, non sans quelques résistances, les plus sages des cultivateurs se laissèrent convaincre. Les mœurs paysannes en furent radicalement transformées.
Mais bien sûr, il y a le revers de la médaille… l’agriculture est mise en péril. La fertilité des sols décroît dans des proportions variables selon les régions. L’érosion du sol est devenue un danger de première importance. Les maladies végétatives et animales, les anomalies biologiques s’ajoutent aux dégâts provoqués par un parasitisme de plus en plus présent. Les auteurs ajoutent : « si bien qu’une véritable catastrophe mondiale nous menace ».
Désormais, aux tonnes de produits chimiques s’ajoutent d’autres substances tout aussi chimiques, principalement destinées à combattre les facteurs de morbidité s’accroissant sans cesse.
Les auteurs sans incriminer les techniques agronomiques constatent que les savants se sont enfoncés dans l’abysse de leur connaissance scientifique. Certains ont mis au point de nouvelles armes antimicrobiennes et antiparasitaires, d’autres ont engagé une lutte farouche contre certains agents pathogènes. Enfin, d’autres chercheurs ont constaté qu’il existait des rapports certains entre les anomalies de la résistance des espèces végétales/animales et les déficiences du sol, recommandant l’introduction de nouveaux agents minéraux afin de redresser l’équilibre.
Des chercheurs ont aussi poussés à la création de nouvelles espèces animales et végétales en utilisant des procédés de croisement et d’hybridation. Ils espéraient garantir une plus grande résistance face aux pathogènes.
Cependant, les résultats globaux de ces différentes initiatives ne sont pas apparus encourageant car les dégénérescences se sont accentuées, corrélées à une accentuation des facteurs morbides.
Le résultat positif de ces expériences est que pour une partie des paysans et de médecins, l’humus est réhabilité. Sans sa présence, il est illusoire de compter sur une fertilité durable. On sait aussi qu’il est impossible de reconstituer sa fonction par l’usage des engrais chimiques. Certains agronomes ont aussi compris que pour combattre l’érosion du sol, il faut en premier lieu restaurer l’humus. Pour ce dernier point, il y a encore du chemin à l’heure actuelle tant on voit les dégâts dans les champs lors de gros épisodes pluvieux).
Les auteurs déclarent également que pour avoir négligé voire nié la nécessité de la fertilisation organique, le monde moderne a vu se transformer rapidement d’immenses territoires prospères en désert ; car les lois naturelles contrecarrées ont repris leurs droits (tout en étant gravement déséquilibrées).
On commence à réfuter les théories trop matérialistes de la chimie tout en entrapercevant l’action des organismes peuplant les sols dans les terres cultivées. Le support indispensable à la microflore et la microfaune est l’humus. Ces organismes sont des constructeurs inlassables de matériaux nutritifs, capitalisateurs de réserve qui s’accumulent dans le tissu colloïdal de l’humus. Ils sont également transporteurs de nourritures prédigérées au sein de la rhizosphère. Pour le docteur Duche, il n’existe pas de barrière entre les tissus végétaux et le milieu humique qui les enserre.
Albert Howard (agronome-botaniste, 1873-1947) a mis en évidence l’existence de symbioses mycorhiziennes en lien avec toutes les plantes cultivées naissant dans un sol dont la fonction humique est puissante. Ces associations se retrouvent expérimentalement à l’origine de croissances végétales homogènes et commandent directement à l’alimentation des plantes. Elles y participent par voie indirecte, mais aussi par apport matériel de leurs propres substances ; elles en règlent le développement harmonieux et confèrent à la végétation cultivée l’immunité naturelle contre les différents agents pathogènes que la plante peut rencontrer au cours de sa croissance. Avec l’humus favorisant leur puissante activité, ces symbioses conditionnent la qualité des aliments et possèdent ainsi une action évidente sur la santé des organismes qui s’en nourrissent. On observe une diminution de la vitalité quand la vitalité de l’humus s’affaiblit également. Et elles ne réapparaissent pas sous l’influence d’un quelconque ajout d’engrais chimiques.
Les auteurs entament une première conclusion : « si notre alimentation a perdu en partie ou en totalité son efficacité nutritive, c’est parce que notre capital, le sol a été mal géré au cours des cent dernières années ».
On prétend que revenir aux méthodes agricoles anciennes est illusoire voire utopique, les auteurs ne sont pas de cet avis.
Ils partent de l’exemple que peut donner la pratique agricole orientale restant aussi valable aujourd’hui qu’il y a 1000 ans (dans le contexte des ’50 évidemment). Sur base de cet exemple néanmoins édifiant, ils notent que sur des terres ayant un climat moins clément, ils obtiennent des récoltes abondantes en prenant soin de la fertilité organique de leurs champs.
Ils mentionnent également qu’il y a eu des pionniers de la fertilisation organique. Certains se sont penchés sur les travaux d’Ehrenfried Pfeiffer concernant la biodynamie (selon moi une des meilleures techniques permettant une régénération complète des sols), d’autres ont travaillés sur la méthode INDORE. Ce dernier procédé a été initié par Albert Howard (mentionné plus haut). Il s’agit d’un procédé de compostage en tas ou en fosse permettant de maintenir ou améliorer la fertilité des sols. Enfin, certains paysans ont compris le danger des méthodes agricoles modernes et font une place grandissante à la fertilisation organique.
Ainsi dès les ’50, ce document montre que de nombreux centres ont été créés à travers l’Europe et le Monde. On a pu y constater que les récoltes dépassaient en qualité et en quantité les cultures sur lesquelles étaient utilisées des engrais chimiques. Les gains enregistrés sont de 100 à 150% supérieurs aux anciens modes de culture. Sur ce type d’exploitation, on constate également une augmentation de la résistance aux maladies des animaux d’élevages. Ils mentionnent également que certains fermiers constatent la disparition quasi-totale des maladies végétales et du parasitisme. Ils évoquent aussi que les frais de main-d’œuvre sont plus élevés mais qu’en contrepartie les bénéfices récoltés sont plus grands, de sorte que l’équilibre financier est atteint rapidement.
Conclusion
Ils rappellent qu’un certain nombre de cycles naturels démarrent prioritairement dans les sols pour y retourner ensuite et relient les plantes, les animaux et l’humain.
Ils estiment également que les études biologiques et la médecine gagneraient à conserver ou retrouver le bon sens terrien. Selon eux, le rôle du médecin ressemble étrangement à celui du cultivateur car ils ont l’un comme l’autre une mission à remplir qui est de gérer un capital. Ce capital se présente sous la forme d’un terrain avec la vie s’y trouvant incluse. S’ils peuvent se montrer bon ou mauvais gérants de ce capital, ils n’en sont pas moins les créateurs. Ils apportent leur science, leur expérience et leurs efforts dans une œuvre qui les dépasse et dont ils ne sont que les instruments.
Pour le cultivateur comme pour le médecin, il s’agit de connaître les lois naturelles qui s’imposent à la vie et savoir habilement les manier.
Concernant la santé, les auteurs mentionnent le fait que son étude ne peut être fragmentée sans danger. La santé de l’humain dépend directement de celle du sol et sa végétation, ainsi que de celle des animaux. Dans notre Univers, tout est lié.
Selon eux, la santé signifie d’abord la résistance à l’agression morbide, endogène ou exogène. Elle signifie également la résistance à l’effort physique, aux conditions climatiques et devient synonyme de robustesse. La santé a pour corollaire la longévité, la mort par épuisement progressif du capital de vie, sans maladie, par épuisement des fonctions organiques. Elle coïncide avec un équilibre des fonctions organiques. Elle résulte de l’adaptation parfaite de l’individu au milieu et est tributaire d’une alimentation de qualité normale et d’une hygiène de vie logique et saine. Ils ajoutent au mot santé, le terme de capital ou résistance organique.
D’un point de vue personnel, je fais évidemment le lien avec la vitalité enseignée par la naturopathie et qui en constitue un des fondements.
Au niveau de l’alimentation, ils constatent qu’elle semble la seule capable de construire ou détruire l’équilibre de la santé, selon que sa qualité soit normale ou anormale. Elle doit posséder un équilibre quantitatif mais il convient aussi de prendre en compte sa qualité. La pratique paysanne prouve quotidiennement que cette qualité, pour un apport alimentaire équilibré durablement, constitue l’élément capable de conférer son efficacité nutritive normale.
La santé est gravement menacée dans l’immédiat par la déficience qualitative de l’apport nutritif qui est de plus en plus inadapté aux besoins des organismes. Dans la pratique quotidienne, les individus sont de plus en plus contraints de retirer quantité d’aliments dont la valeur demeure pourtant indispensable. Ces intolérances ne sont pas toutes issues d’une déficience métabolique mais mises plutôt sur le compte d’anomalies introduites dans la structure même des aliments. L’expérience a montré que la mauvaise qualité d’un aliment est capable de provoquer lentement ou brutalement une véritable intoxication.
Pour expliquer ces anomalies, il faut bien évidemment remonter aux dégradations qu’ont subit les sols. Les procédés de fertilisation chimique ont déséquilibré gravement la fonction nourricière de la terre. La qualité des aliments est donc compromise dés le début de la production agricole. Elle l’est encore davantage puisque de nombreuses denrées, comme les céréales, sont amputées d’une partie de leur valeur nutritive via les procédés de raffinage et de conservation.
La grande majorité de nos aliments actuels possèdent encore le nom et l’aspect de ceux qui ont entretenu la vie de nos aïeuls mais ils n’en possèdent la valeur nutritive normale.
Et enfin, l’humus, qui représente la partie noble et productive du sol. Ils font le constat que nos contemporains ont appris à leur dépens qu’il n’existe pas de fertilité durable si le sol ne possède pas une fonction humique puissante, qu’il importe de maintenir. La qualité de notre nourriture dépend de la vie de l’humus.
Déjà dans les ’50 le doute subsistait car certains affirmaient que la fertilisation organique n’est pas capable à elle seule d’assurer un rendement suffisant. Les auteurs ajoutent que si les cultivateurs renonçaient aux fertilisants chimiques, on annonçait un désastre pour les cultures.
Ils proposent de reconsidérer la question et que par l’expérience, il est désormais prouvé qu’il est possible d’obtenir d’excellents résultats par la fertilisation organique et l’arrêt complet des engrais chimiques.
Ils concluent qu’il faut protéger contre toute atteinte le capital producteur de notre sol tout en reconstituant sa fertilité foncière afin d’obtenir des aliments de grande qualité. Telle est l’œuvre à laquelle il convient de réunir l’ensemble de l’humanité. De cette œuvre doit dépendre la santé pour notre génération et nos descendants.
Ils terminent par cette phrase :
Il est temps de revenir à la sagesse et de comprendre que la nature ne sera jamais assurée tant que l’alimentation n’aura pas été réintégrée dans sa qualité et dans sa valeur nutritive normale.


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