Le quinoa : histoire, culture, biologie, nutrition et alimentation dynamique
- Renan Bernard
- 9 déc. 2025
- 18 min de lecture

Introduction
Il s’agit d’une graine dont le nom possède une consonnance exotique. Elle n’est pas une céréale au sens strict du terme, car elle n’est pas une graminée (Poaceae) mais fait partie des Amaranthaceae, au même titre que la betterave ou l’épinard. Autrefois, il était aussi appelé ansérine quinoa, blé des Incas, chénopode quinoa, petit riz, petit riz du Pérou.
C’est une « pseudocéréale » dicotylédone qui est une très ancienne culture précolombienne utilisée principalement en alimentation humaine pour ses graines et pour ses feuilles.
Le quinoa est originaire des Andes où elle est cultivée depuis 7000 ans. C’est une grande plante herbacée annuelle pouvant atteindre 2 à 3m de haut.
Son nom latin : Chenopodium quinoa. Chenopodium provient de Khênos qui veut dire « Oie » et Podion (petit pied), ce qui fait référence à ses feuilles en forme de « patte d’oie ».
Il est extrêmement bien adapté aux conditions des montagnes andines puisque cette plante support allègrement une large gamme de températures allant du -8°C à +35°C. Elle est d’ailleurs toujours cultivée sur les hauts plateaux entre 3000-4000m d’altitude. Actuellement, sa culture se maintient dans cette vaste zone de manière traditionnelle principalement au Pérou et en Bolivie, mais aussi en Colombie, en Equateur, au Chili et en Argentine.
Un peu d’histoire
Les premières traces de quinoa dans les Andes ont été retrouvées par des archéologues à Las Pircas dans le nord du Pérou ; datées de 7800-5800 av. JC, elles ont été interprétées comme une phase de pré-domestication de l’espèce où les feuilles et les graines de quinoa sauvage, Chenopodium hircinum servaient déjà de nourriture.
Située dans une fourchette imprécise (entre 6500 et 3000 av. JC), sa domestication proviendrait soit d’un événement unique survenu sur les hauts plateaux andins (région du lac Titicaca notamment), soit d’un événement apparu dans ces hauts plateaux suivi d’un autre plus tardif localisé plus au sud sur la côte Pacifique. Cette suite d’événements a abouti à une augmentation notable de la taille de la tige, une augmentation de l’inflorescence et des graines, à un positionnement de l’inflorescence en bout de tige, corrélé à la perte des mécanismes de dispersion des graines à maturité et à des niveaux variés de pigmentations.

Le processus de domestication et de diversification s’étale sur une très longue période durant laquelle, plusieurs populations andines ont sélectionné régionalement divers génotypes en fonction de leurs utilisations et de leurs tolérances aux facteurs environnementaux (résistance aux températures et conditions climatiques difficiles, aux parasites, aux insectes, etc.) auxquels ils étaient confrontés, pour aboutir aux plantes d’aujourd’hui, dotées de différentes caractéristiques.
Nous retrouvons :
- « le Chullpi pour les soupes,
- le Pasankalla à griller,
- le Coytos pour la farine,
- le Reales pour la pissara (sorte de quiche),
- l’Utusaya pour sa résistance à la salinité,
- le Witullas et l’Achachinos pour leur résistance au froid,
- le Kcancollas pour sa résistance à la sécheresse,
- le Quellus ou graine jaune pour son rendement élevé,
- le Chewecas pour sa résistance à l’humidité excessive,
- l’Ayaras pour sa valeur nutritionnelle (bon équilibre acides aminés essentiels-protéines)
- le Ratuquis pour sa précocité »
Bien qu’il ait perdu du terrain, au fil des siècles, par rapport au maïs le quinoa a continué à jouer un rôle central dans les communautés implantées en zones froides et at/ou arides.
On distingue traditionnellement les quinoas amers dont les enveloppes contiennent des saponines (sortes de savons naturels extraits par lavage à l’eau), agissant comme répulsifs naturels vis-à-vis des parasites, et les quinoas doux issus de sélection moderne qui n’en contiennent que peu ou pas.
Pour les incas vivant sur les hauts plateaux à l’époque précolombienne, toutes les plantes utiles étaient animées par un esprit divin. Le quinoa était un aliment très important dans la ration quotidienne. Il l’appelait « chisiya mama », ce qui signifie « mère de tous les grains » en quechua. Les Incas croyaient que l’oiseau mythique Kullku leur avait apporté les semences originelles de quinoa. Il était sacré et symbolisait la fertilité de la terre. Chaque année, l’empereur Inca battait le sol avec une petite pelle d’or et semait en godets les premières semences de quinoa et quelques mois plus tard il cueillait lui-même les premières graines avec d’autres outils en or. La plante était également présente dans diverses cérémonies rituelles sous la forme de boissons (bière, chicha), de graines ou de mets (soupes, bouillies, gâteaux, etc.).
Les Incas et les peuples qu’ils dominaient employaient aussi le quinoa comme plante médicinale et l’utilisaient dans divers remèdes du traitement des plaies et des fractures à celui des problèmes digestifs. Ils lui prêtaient des propriétés diurétiques, expectorantes, toniques et rafraîchissantes. La consommation de sa graine était aussi recommandée pour les jeunes animaux.
La chicha, une boisson traditionnelle andine, continue d’être fabriquée à base d'une grande variété de produits dont le quinoa. Elle porte plusieurs noms qui varient d'une région à l'autre, suivant la matière première, le procédé de fabrication et le degré de fermentation. Depuis l'époque préhispanique, on la prépare avec du quinoa, de l'oxalide tubéreuse, des cacahuètes, du cacao, des fraises, du manioc, le fruit de l'inga, du coing, des grains de mollé et du jus d'agave. Les deux derniers produits ont un goût très fort et sont considérés comme enivrants. La chicha la plus classique et la plus répandue est celle de maïs mais pour qu'elle devienne laiteuse et écumeuse, on lui ajoute du quinoa grillé et moulu.
L’impact des conquistadors sur la culture du quinoa
L’arrivée des espagnols sur le continent sud-américain au XVe Siècle provoque l’effondrement de la culture de quinoa dans les Andes. Les envahisseurs ne retiennent que deux « défauts » rédhibitoires pour eux :
- sa farine non panifiable, faute de gluten
- des graines dont l’enveloppe contient de la saponine.
Pourtant si les graines sont lavées, les grains peuvent être débarrassés de cette substance amère.
Le conquistador Francisco Pizzaro ordonne la première expédition de graines vers l’Europe, qui sont malheureusement, incapables de germer à destination, sans doute à cause de l’humidité des cales des bateaux servant au transport. A partir de 1532, la conquête espagnole et la christianisation forcée des populations andines perturbe fortement le système agricole traditionnel inca. Certaines cultures comme celle du quinoa faillirent y disparaître parce que sa farine, faute de gluten, ne fournissait pas un pain de qualité et surtout parce que la plante était impliquée dans les rituels religieux incas, qui furent très rapidement bannis (christianisation forcée). Les champs de quinoa furent alors détruits autour de Cuzco et Pizarro interdit la poursuite sa culture sous peine de mort. Le quinoa fut dès lors remplacé le plus souvent par l’orge et le blé, beaucoup moins bien adaptés à cet environnement qu’en Europe. Les premières plantes alimentaires originaire des Andes que les conquérants ont ramenées d’Europe sont les pommes de terre, le maïs, le piment, (et d’autres), mais pas le quinoa !
Pourtant, une petite résistance à l’envahisseur se mit en place. La culture du quinoa fut perpétuée discrètement par des autochtones à petite échelle dans des zones andines isolées. Le grand géographe allemand Alexander von Humboldt (1769-1859) visitant la Colombie y redécouvre en 1802 le quinoa ostracisé par les Conquistadors et affirme dans ses récits qu’il a toujours nourri les habitants dans la région de Bogota (Colombie). Vu l’intérêt des habitants du continent européen pour les plantes exotiques, les expérimentations de quinoa se sont ensuite multipliées aux XVIIIe et XIXe siècles en Europe. Elles n’ont pas eu grand succès du fait de l’amertume des graines riches en saponines. Pourtant vers 1880, Vilmorin était parvenu à naturaliser en France le quinoa, ce qu’on avait jusque-là vainement essayé. Il lui consacra une note importante dans le Bon jardinier de 1839. D’autres tentèrent d’en faire un remplaçant de l’épinard d’été avec un succès modeste jusqu’à ce que la Grande guerre enterre ces ambitions. D’autres nouveaux essais ponctuels de quinoa eurent lieu au milieu du XIXe siècle en Allemagne et en Angleterre, puis au Kenya en 1935.
Culture et récolte
Dans les plateaux andin, le quinoa constitue une culture de rotation qui ne nécessite pas de préparation spécifique du sol pour le semis. En effet, il passe après la récolte des pommes de terre, le sol est donc suffisamment meuble. La rotation est rare et les cycles de culture de cette plante alternent avec des périodes de jachère plus ou moins longues. Souvent 2 ou 3 ans. Autrement c’était 10 ans mais la culture s’est intensifiée depuis. Le labour préparatoire intervient au milieu de la saison des pluies précédant le semis avec l’objectif d’emmagasiner dans le sol l’eau reçue jusqu’à la saison de culture suivante. La préparation de la première mise en culture se fait au moyen de charrues et dans les endroits accidentés, parfois de simples houes.
Les semis se font généralement en août et septembre, mais peuvent s’étaler jusqu’à décembre pour certaines variétés à cycle très court (90 jours). Cette activité diffère selon le système de culture qui peut être traditionnel ou mécanique. La manière de semer varie aussi selon les régions de production. Cela peut se faire par :
- poquets dans les régions méridionales arides
- sur des sillons ou à la volée dans les régions de l’Altiplano central et dans les vallées inter-andines.
De manière générales, les agriculteurs cherchent à éviter de semer une seule variété unique et essayent de diversifier les écotypes qu’ils sèment dans les différentes parcelles. Néanmoins, la rationalisation de la production commerciale tend à uniformiser les pratiques agricoles et les variétés semées.
La fertilisation organique ou minérales des parcelles est pratiquée. En rotation avec la pomme de terre, le quinoa se satisfait de l’engrais chimique résiduel de la culture précédente. En certification biologique, les normes proscrivent les fertilisations minérales et phytosanitaires, pour recommander l’incorporation de fumier lors du semis. Cependant, cette pratique devient difficile par le fait que l’élevage est en déclin suite à l’augmentation des surfaces agricoles.
C’est une plante sensible à l’excès d’humidité et elle préfère un sol limoneux doté d’une bonne capacité de drainage, idéalement sur des pentes modérées. Elle tolère aussi une large gamme de pH du sol, depuis les sols alcalin jusqu’au sols acides. Il existe des variétés pour tout types de sols et de conditions.
Les opérations après la récolte sont :
Battage : opération qui consiste à séparer les gains de quinoa de la plante.
Vannage : étape consistant à éliminer la poussière ou les résidus de récolte des grains à l’aide de ventilateurs, d’aspirateurs ou de souffleurs
Nettoyage : les résidus de grande taille sont retirés à l’aide de différents tamis
Calibrage : les grains sont triés selon leur qualité, poids
Séchage : au cours de ce processus, l’excès d’humidité est éliminé des grains, évitant la prolifération des microorganismes.
Polissage : la couche supérieure du grain (le tégument) est poli afin de réduire la teneur en saponine.
Stockage : les grains séchés sont conditionnés dans des sacs de jute ou en plastique
Biologie et nutrition
Le quinoa a une exceptionnelle variabilité génétique qui lui permet de s’adapter à différents milieux et de tolérer de nombreux stress environnementaux. La rusticité (facteurs de résistance au froid) est en partie due à la présence de vésicules sur les feuilles, les tiges et les inflorescences. Ces vésicules sont des poils modifiés sous forme de petits ballons. Elles accumulent de l’eau et différents métabolites comme des bétacyanines ou des flavonoïdes qui protègent la plante contre le rayonnement UV plus important sur les plateaux andins. La plante est également capable de capter l’excès de sel dans le sol. Des cristaux d’oxalate de calcium sont présents dans les cellules des feuilles qui permettent de défendre la plante contre les herbivores et la protègent en le séquestrant, du trop plein de calcium soluble contenu dans le sol.
La tolérance au froid et au gel est assurée par une accumulation, dans la sève, de sucres solubles qui jouent le rôle d’antigel. C’est grâce à cela que la plante tolère de grands écarts de température. Elle possède également des mécanismes de défense en cas de sécheresse que l’on appelle des stomates qui se ferment rapidement pour réduire l’évapotranspiration. Ses racines sont aussi très développées afin d’augmenter l’absorption d’eau.
Au cours de sa floraison, il développe de grandes inflorescences composées de grappes de petites fleurs sans pétales, le plus souvent à la fois mâles et femelles. L’autopollinisation est le principal processus de fécondation et la fructification produit de nombreux akènes (fruit sec qui ne s’ouvre pas à maturité). Ces akènes renferment chacun une toute petite graine discoïde. Cette graine est un concentré d’énergie qui, à titre de comparaison, possède une plus grande valeur nutritive que n’importe quelle autre céréale.

Ces protéines ont une composition équilibrée et complète en acides aminés essentiels, notamment en lysine. La lysine fait généralement défaut chez les autres céréales. Le quinoa possède aussi un taux supérieur en fibre, en sels minéraux. En particulier en potassium, magnésium, calcium et surtout en fer, ce qui protégeait et protège les populations andines du risque d’anémie. Des études récentes ont aussi montré que le quinoa est une très bonne source de vitamines B et E, d’antioxydants et d’acides gras polyinsaturés.

A l’instar de son cousin l’épinard, le quinoa possède aussi des feuilles comestibles, mais qui sont plus riches en protéines et plus pauvres en acide oxalique (oxalates). Bref aparté sur les oxalates diabolisés en ce moment. Certes ces composés (courant dans la famille des Amaranthaceae) perturbent l’assimilation des nutriments, vitamines, etc., et contribuent aussi à aboutir à des lithiases mais seulement quand ils sont ingérés en très grandes quantités. Donc on bannit les smoothies quotidiens à base d’épinard, de blettes, de cacao pur, etc. On dit oui à une plus grande diversification dans ses apports comprenant ces légumes en portions raisonnées (épinards, blettes, etc.), ce qui ne gênera nullement vos apports en nutriments.
Les feuilles du quinoa sont d’abord vertes puis au fil de son évolution saisonnières virent au jaune, rouge ou violet à mesure que sont synthétisées des bétaïnes qui sont des pigments aux propriétés antioxydantes. Cela comprend :
- les bétacyanines, rouge/violet comme la betterave
- les bétaxanthines, jaune/orange

La plante de quinoa est aussi valorisée dans son intégralité. Les résidus de récolte servent à nourrir le bétail. Au niveau médicinal, ses grains, feuilles et tiges sont utilisés pour la cicatrisation des plaies, la réduction des œdèmes et de la douleur, la désinfection des voies urinaires, le traitement des raideurs osseuses, les saignements internes et comme insectifuge naturel. Le quinoa peut également être utilisé dans des produits cosmétiques et pharmaceutiques.
Acide phytique et saponine
Cependant, le quinoa est aussi riche en composés phytochimiques bénéfiques pour la santé, notamment les phytostérols, les phytoecdystéroïdes et les saponines. L’acide phytique et les saponines sont les principaux composants dits « indésirables » du quinoa.
L’acide phytique est également présent dans les grains de quinoa, dans les couches externes et l’albumen des graines de quinoa. La teneur moyenne en acide phytique est d’environ 1.18g/100gr. La teneur peut varier selon la variété. L’acide phytique (présent dans d’autres céréales) a la capacité de former des complexes insolubles avec les minéraux tels que le calcium, le fer et le zinc. Il empêche donc l’absorption de ces minéraux par l’organisme. Concernant le quinoa, la teneur en acide phytique est relativement faible donc je ne recommande pas un trempage long. Si vous oubliez de le faire, ce n’est pas très grave. Maintenant je dirai qu’un rinçage et un trempage au préalable peut rendre des services en cas d’intestins en difficultés.
Les saponines sont des glycosides végétaux amers qui moussent fréquemment quand ils sont en contact avec de l’eau. Les saponines présentes dans un aliment ne sont ni toxiques ni nocives, et se révèlent même bénéfique pour la santé humaine. Environ 20 types de saponines ont été identifiées dans les grains de quinoa. Ces saponines sont composés de différents monosaccharides liés par une liaison glycosidiques à un squelette triterpénique, appelés sapogéniques ou aglycones. Selon leur structure, ces saponines présentent une grande variété de chaînes glucidiques et sont classées en mono-, di-, ou tridémosidiques. Les monosaccharides les plus courants sont le D-glucose, le D-fructose, le D-xylose, le D-galactose, l’acide D-glucuronique, le L-rhamnose et le L-arabinose. Des chercheurs ont identifiés 4 aglycones dans les saponines du quinoa : l’acide serjanique, l’acide oléolinique, l’acide phytolaccagénique et l’hédéragénine.
Chez le quinoa, les saponines se trouvent dans l’épisperme, une enveloppe externe composée de 4 couches : le péricarpe, le périanthe, le tégument et le cuticule.

La teneur varie selon le stade de croissance. Elle est élevée lors de la floraison et faible lors de la ramification. Elle varie aussi selon la variété. Des chercheurs ont ainsi conclu qu’une variété peut être qualifié d’amer si sa teneur en saponines est inférieure à 470mg/100g de matières sèches et de doux si sa teneur en saponines se situe entre 20 et 40mg/100g de matière sèche.
Le seul véritable indicateur pour déterminer la « douceur » d’une variété de quinoa est sa qualité organoleptique, donc goûtez et testez !
Les saponines peuvent être éliminées par un rinçage avant utilisation en cuisine. Si elles ne sont pas correctement éliminées par un rinçage, les saponines résiduelles peuvent provoquer une irritation gastro-intestinale, pouvant se manifester par des troubles digestifs. Cela se manifestera sur les personnes déjà sensibles au niveau digestif donc cela peut fortement varier d’une personne à une autre.
En 1969, une variété moderne de quinoa nommée « Sajama » fut créée pour devenir la variété la plus commercialisée car elle très peu de saponine. On doit cette obtention au Centre agronomique de Patacayama, situé sur l’Altiplano bolivien. La « Sajama » est issue d’un croisement entre une variété amère à grosses graines et une autre naturellement douce à petites graines. La conséquence d’une telle obtention, est que vu sa faible teneur en saponine, la plante possède moins de défenses contre les ravageurs, ce qui oblige les agriculteurs à utiliser des « aides » biologiques et chimiques. Les saponines sont donc aussi un moyen de défense naturel pour la plante contre les insectes voulant consommer ses feuilles.
Le quinoa contient aussi de petites quantités d’oxalates pouvant chélater le calcium et d’autres minéraux, formant des composés insolubles. Chez les personnes prédisposées aux lithiases, la consommation fréquente voire quotidienne d’aliments riche en oxalates (comme la famille des chenopodiaceae : épinards, blettes, quinoa, etc.) peut aggraver le risque de formation de calculs. Inutile cependant de supprimer totalement la consommation de ces aliments qui sont extrêmement bénéfique sur bien d’autres aspects. Diversité des apports et portions adéquates seront sans danger.
Bienfaits pour la santé
Le quinoa est reconnu pour ses substances bioactives bénéfiques utilisées en médecine. Grâce à sa haute valeur nutritionnelle, ses propriétés thérapeutiques et son absence de gluten, il est bénéfique pour un panel relativement large de personnes, tant les enfants que les personnes âgées.
Il présente un avantage considérable sur le plan nutritionnel et pour le maintien d’une bonne santé grâce à sa composition complète. Il est riche en nutriments essentiels, en fibres, protéines, folates, en magnésium. Il contribue de manière significative à la croissance et au développement sain de l’organisme. Il possède également de puissants effets anti-oxydants et bénéfiques pour l’organisme grâce à sa teneur en flavonoïdes, notamment la quercétine et le kaempférol. Grâce à sa richesse en fibres, il contribue à maintenir une bonne santé intestinale, tout en favorisant une bon transit.
Suite à l’absence de gluten, il est aussi avantageux pour les personnes sensible au gluten et les personnes coeliaques.
Il contribue à couvrir les besoins en protéines grâce à sa richesse en acides aminés essentiels et en nutriments. Il aide également à réduire le taux de triglycérides, de cholestérol et constitue un atout dans la gestion du poids tout en contribuant à réguler la glycémie.
Sa consommation peut aussi contribuer à réduire le risque de maladies cardiovasculaires. En plus d’apporter de l’énergie, il contribue à réguler notre métabolisme tout en procurant une sensation de satiété durable.
Adopter des méthodes de préparations appropriées, comme rincer le quinoa afin d’éliminer les saponines, le consommer avec modération tout en l’intégrant à une alimentation équilibrée et variée, permet d’atténuer les éventuels inconforts et risques potentiels. Ce bon usage permet surtout de maximiser ses bienfaits pour une santé durable.
Alimentation dynamique
La famille des chénopodiacées sont ce que l’on peut appeler des plantes halophytes, c’est-à-dire qu’elles aiment le sel. Dans les sols contenant du sel, proche du rivage de la mer ou proche de gisements de sel gemme, ces plantes y ont trouvé des conditions propices à leurs évolution. Tous les continents possèdent ce type de milieux propices pour ces plantes. D’ailleurs, l’ancien nom des chenopodiacées est salsolacée.
La plante de quinoa est donc fortement liée à l’élément SAL par ses racines. La racine obéit aux forces de la pesanteur. Elle est géotrope, c’est-à-dire qu’elle est aussi sensible à la terre que la plante feuillée est sensible au cosmos. On trouve dans les racines des organes sensoriels que l’on appelle les statolithes. Ce sont de petits « cristaux » qui perçoivent la gravité et permettent à la plante de rester droite. La racine est également sensible aux substances du sol, à sa teneur en eau et à la concentration saline-minérale. La plante est perpétuellement en contact percepteur avec son milieu terrestre. Ce que la racine a perçu dans son environnement, elle s’en empare en y croissant avec vigueur et elle exerce un pouvoir de choix, de sélection, n’absorbant que telle ou telle substance, selon son espèce. Elle synthétise une « composition de sels » de manière individuelle et propre à chaque espèce de plante. Dans la racine, les sels et l’eau sont vitalisés au-dessus des lois terrestres, abandonnées à l’organisme de la plante. Un processus de minéralisation envahit ainsi le végétal et en fait un organisme terrestre. Nous pouvons relier ces processus au système neurosensoriel humain. Des processus de solidification et de minéralisation partent de la tête humaine et du système nerveux. La tête est aussi la partie la plus durcie, minéralisée (calcifiée) de notre corps. C’est pourquoi on peut voir dans la tête et le système neurosensoriel humain, une projection inversée du processus-racine de la plante.
Chez les chenopodiacées, ce processus salin aboutit au rétrécissement des feuilles et le processus floral s’atrophie. Les fleurs se regroupent en glomérules aux aisselles des feuilles. Elles sont souvent insignifiantes quant à la forme ou la couleur. Chez certaines espèces, le périanthe (enveloppe florale) disparaît, la fleur devient réduite à des étamines ou à des pistils. Lorsque le processus SAL devient plus important, le processus SULFUR se réduit. La vitalité des racines de ces plantes montent jusque dans la région des fleurs. Les graines sont souvent riches en amidon, ce qui est le cas pour notre quinoa.
Le grain est minuscule, parfaitement arrondi, entouré de saponines protectrices.Comme toute graine, il concentre protéines, matières grasses fines, sels minéraux et forces de croissance.
Mais sa lecture en alimentation dynamique révèle des particularités.
Signature du grain
Sa couleur varie : blanche (douce), rouge (plus chaude), noire (plus « terrienne »).
Sa taille réduite témoigne de forces très concentrées, peu expansives.
La présence de saponines — substances amères qu’on retire par rinçage — montre un grain naturellement protégé, qui ne s’ouvre pas spontanément : un signe de retenue, intériorité, maîtrise des forces.
Effets sur l’être humain
Le quinoa :
N’alourdit pas : peu d’effet densifiant sur le système métabolique.
N’excite pas : absence de dynamique chaotique ou ascendante excessive.
Soutient l’équilibre, l’endurance, les états de clarté et de régularité.
Il est idéal lorsque l’on cherche :
à nourrir sans sur-stimuler,
à redonner du tonus aux constitutions nerveuses ou mélancoliques,
à accompagner une période de transition (convalescence, surcharge mentale, saison froide),
à soutenir le rythme plutôt que l’intensité ou la force brute.
Le quinoa dans l’évolution alimentaire moderne
Sa capacité à remplacer le blé ou d’autres céréales panifiables, tout en restant léger, répond aux besoins d’une époque où :
les systèmes nerveux sont saturés,
les rythmes sont déséquilibrés,
les terrains inflammatoires sont fréquents.
Défi et perspective d’avenir
Ces dernières années, le Pérou et la Bolivie (premiers producteurs mondiaux) s’affrontent pour exporter massivement ce grain. Ce faisant, le prix a triplé au point que leurs populations ne sont souvent plus en mesure de s’offrir financièrement cet aliment faisant pourtant partie du régime traditionnel.
La demande de quinoa bolivienne est d’abord venue du Pérou voisin qui, depuis plusieurs décennies, en est le premier consommateur. En effet, suite à une politique nationale d’encouragement à la consommation de quinoa, la production du Pérou s’avéra insuffisante pour couvrir les besoins du pays. D’un autre côté, la promotion du quinoa (notamment par la FAO), comme aliment de qualité équilibré et riche en protéines, a fait émerger une nouvelle demande venant des États-Unis, du Japon puis d’Europe de l’Ouest, ce qui a permis à la graine de franchir les océans pour alimenter le marché des pays du Nord à partir de 1986, date de la première exportation officielle. Mais c’est la mise en place de la filière de quinoa certifiée « biologique » en 1991 qui va véritablement impulser un marché au-delà de ses régions d’origine, renforcé ensuite par le développement de la filière du commerce équitable à partir de 2005. Le Pérou reste, en dehors de ces filières de qualité, le premier importateur de quinoa bolivienne.
Aujourd’hui, plus de 90 pays (dont la Belgique) cultivent du quinoa à petite échelle car, du fait de sa large capacité d’adaptabilité à divers environnements, l’espèce apparaît comme une culture alternative envisageable face au réchauffement climatique. En parallèle, beaucoup d’ONGs plaident pour la mise en place d’un commerce andin équitable, d’autant que la Chine s’est mise depuis peu à en importer massivement d’Amérique andine tout en commençant à en produire aussi, accroissant l’instabilité de ce marché.
Si le sol est bien préparé au préalable, drainé et la levée réussie, sa culture de printemps (semis en mars, récolte en septembre) n’est pas très compliquée en Europe. On peut balayer la soi-disant « difficulté » du lavage à l’eau des saponines car elles peuvent être récupérées soit pour l’industrie des cosmétiques, soit pour la fabrication de produits de traitement bio. En outre, la sélection de variétés douces obtenues récemment limitent la teneur en saponines. En France et en Europe du nord, les rendements oscillent entre 2,0 et 4,5 t/ha selon les cultivars et surtout les conditions environnementales. Il est à souligner aussi que le quinoa présente l’avantage de bien structurer le sol.
Malgré ses bienfaits pour la santé, le quinoa reste aussi peu consommé en raison de plusieurs facteurs, notamment le coût élevé de son importation et la méconnaissance de ses avantages par les consommateurs. En ce sens, les thérapeutes et naturopathes peuvent être de formidables éducateurs à la santé pouvant expliquer les bienfaits, comment les préparer, tout en incitant à plus de diversité dans les apports alimentaires.

Bibliographie
1. Pelikan – L’homme et les plantes médicinales (2 volumes)
Pelikan, W. (1962). L’homme et les plantes médicinales (Vol. 1).
Pelikan, W. (2003). L’homme et les plantes médicinales (Vol. 2).
2. Dynamique des peuplements… (ouvrage collectif)
Bertoncello, F., Ouriachi, M.-J., Favory, F., & Nuninger, L. (éds.). (2023). Dynamiques des peuplements, des territoires et des paysages. Nice: APDCA. https://doi.org/10.4000/147oh
3. Partir et cultiver (quinoa en Bolivie)
Vassas Toral, A. (2023). Partir et cultiver : Essor de la quinoa, mobilités et recompositions rurales en Bolivie. (ISBN 978-2-7099-1870-1).
4. Chronique sur le quinoa – Les chroniques du végétal
Inca d’espèce : Banni au XVIᵉ s. par les conquistadors espagnols, le quinoa réapparaît 500 ans plus tard dans notre alimentation ! Les Chroniques du Végétal.
5. Article ScienceDirect sur le quinoa
Quinoa (Chenopodium quinoa Willd.): Paving the way towards nutraceuticals and value-added products for sustainable development and nutritional security. ScienceDirect.
6. Article Université de Liège – La quinoa en Bolivie
La quinoa en Bolivie : Une culture ancestrale devenue culture de rente “bio-équitable”. Université de Liège.



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